Chroniques islandaises par Michel SALLÉ
L´ACTUALITÉ ISLANDAISE EN NOVEMBRE 2008
Yfirlit
L'ISLANDE AU COEUR DE LA "CRISE" : DE LA FIN OCTOBRE AU 19 NOVEMBRE - VERS UN ESPOIR DE "DÉBLOCAGE" ?
Courant octobre 2008, l'Islande, frappée de plein fouet par la crise financière mondiale, avait vu son économie (et par contrecoup sa population), subir de gros dommages. Une réduction significative du PIB était en vue, pour les semaines, les mois, voire les années, à venir. D'ores et déjà, s'amorçaient des fermetures d'entreprises et des faillites, avec leur cortège de licenciements. La monnaie nationale, la couronne, enregistrait une dépréciation importante (initiée au début de 2008, elle s'était accélérée entre août et octobre).
Surtout on avait assisté à un effondrement du système bancaire et des trois principaux établissements de crédit (Glitnir, Landsbanki et Kaupthing, contrôlant quelque 85 % du secteur bancaire). Les années précédentes, ils avaient massivement (et imprudemment ?) emprunté à l'étranger -leurs engagements s'établissant à plus de 5 fois le PIB de l'Islande-, et se trouvaient dans l'impossibilité de rembourser leurs créanciers.
En outre, l'un d'entre eux -Landsbanki- avait créé dans certains pays européens (Royaume-Uni, Pays-Bas, etc) une "filiale online" ("Icesave"), laquelle avait reçu d'importants dépôts -grassement rémunérés- de collectivités locales et de citoyens (des chiffres dépassant les 200 000 personnes furent avancés par Londres) britanniques, néerlandais, ou autres "non islandais". Entre le 7 et le 9 octobre, les banques en question, dans l'incapacité de restituer ces dépôts (comme de rembourser leurs créanciers), avaient été nationalisées par le gouvernement de Reykjavik, qui désormais se trouvait en première ligne pour affronter les doléances et les demandes des épargnants étrangers lésés par la défaillance de "Icesave" et autres "filiales". Les autorités de Londres et de La Haye ayant pris la défense de leurs compatriotes, il en était résulté une vive tension avec ces pays.
Par ailleurs, depuis la faillite des banques et leur nationalisation, les transactions financières avec l'extérieur faisaient l'objet d'un contrôle drastique des autorités politiques et monétaires.
Toutefois, des atouts non négligeables restaient entre les mains des Islandais. Le Premier Ministre Geir Haarde les avait mentionnés -sans rien cacher de la gravité de la crise- dans ses divers discours au Parlement et à la nation. D'abord, la possession de ressources naturelles considérables, un cadre législatif et réglementaire favorisant l'initiative privée et l'esprit d'entreprise, et une population dynamique et dont le niveau de formation et d'éducation se situe parmi les meilleurs du monde.
Mais surtout, après d'intenses négociations avec une délégation du Fonds Monétaire, Geir avait le 24 octobre signé un "accord ad referendum" (accord de principe soumis à ratification par le FMI), prévoyant l'adoption d'un "programme de stabilisation" établi en commun, et l'octroi, par le Fonds, de concours financiers importants : 2,1 milliards de dollars en 2 ans, dont 827 dès la ratification. Cet accord constituait un "signal" de nature à lever les hésitations de pays s'interrogeant sur l'avenir de l'Île, et ne pouvait que les inciter à lui apporter une aide. Les Islandais espéraient que la "ratification" par les instances compétentes du FMI interviendrait vers le 10 novembre, ouvrant ainsi la voie à de substantiels concours financiers venant de très nombreux États de la planète.
Malheureusement, cet espoir fut déçu. Le FMI, de fait, a, le 10 novembre, différé la ratification pour une durée indéterminée, en attendant -selon ses porte-parole- d'y voir plus clair dans la situation de l'Islande, l'importance des efforts qu'elle met en oeuvre, et l'aide qu'elle reçoit d'autres nations. D'après Reykjavik et divers commentateurs, cette "langue de bois" habillait le refus du Royaume-Uni et des Pays-Bas, appuyés par l'Allemagne, de voir les Islandais recevoir une aide du FMI tant que les différends sur les dépôts bancaires britanniques, néerlandais et allemands (Icesave, notamment) ne seraient pas réglés.
Du même coup, les pays qui attendaient la ratification du Fonds pour prêter des devises à l'Islande -en dehors de la Norvège, de la Pologne... et des îles Féroé-, se réfugiaient dans un prudent attentisme. Cela était vrai de la Suède, du Danemark, de la Finlande, de l'Union Européenne, bien entendu (Londres, La Haye et Berlin en font partie), du Japon et de divers donateurs potentiels que la presse avait mentionnés, dans l'euphorie suivant le 24 octobre.
Le gouvernement et une bonne partie de la population islandaise en ont ressenti -plus qu'une grosse déception-, un choc profond et le sentiment d'avoir été "lâchés" et abandonnés "à leur triste sort" par des États, qui, récemment encore, se proclamaient leurs "alliés", voire leurs "amis". Le Président de la République Olafur Ragnar Grimsson (personnalité aux fonctions cérémonielles et censée ne pas intervenir dans la politique intérieure et/ou extérieure de la nation) se serait même -selon la presse- fait l'écho de cette grande amertume, en mettant en cause, lors d'une réception diplomatique, l'"indifférence regrettable" d'Etats considérés comme des amis traditionnels.
Quoi qu'il en soit, très rapidement, les autorités de Reykjavik ont pris des initiatives pour "sortir de l'impasse". La Ministre des affaires étrangères Ingibjörg Solrun Gisladottir faisait savoir le 13 que des négociations s'ouvraient à Bruxelles pour arriver à un accord entre son pays, le Royaume-Uni et les Pays-Bas sur l'épineuse question des "dépôts bancaires". Des contacts fructueux y étaient établis entre une délégation ad hoc venue de Reykjavik et des représentants de la Présidence (française) de l'Union, lesquels allaient aussitôt faciliter la discussion entre les États concernés.
Les discussions devaient, le 16 novembre, aboutir au règlement du différend opposant Reykjavik à Londres et La Haye ; cet arrangement ouvrant la voie à une ratification par le FMI de l'accord du 24 octobre, à un prêt de l'Union Européenne, et à de nombreux autres concours financiers.
Le 15 novembre, le Directeur Général du FMI, Dominique Strauss-Kahn, avait annoncé que les instances compétentes du Fonds se réuniraient le 19 pour examiner la question de la ratification.
Le 17, un communiqué du Premier Ministre (dont le texte est téléchargeable sur son site en anglais : http://eng.forsaetisraduneyti.is/) faisait le point sur l'ensemble des mesures que le gouvernement de Reykjavik s'était engagé -notamment vis-à-vis du Fonds- à prendre dans l'immédiat, à court et à moyen terme, pour remettre l'économie en marche. Elles concernent principalement la restructuration du système bancaire et la réforme de son fonctionnement, la politique budgétaire, la politique monétaire (et ses conséquences sur les taux de change, ainsi que la politique des revenus. L'Althing (Parlement) devait en discuter dès le 19 novembre.
RATIFICATION PAR LE FMI (19 NOVEMBRE) DE L'"ACCORD AD REFERENDUM" CONCLU LE 24 OCTOBRE AVEC L'ISLANDE"
Le 20 novembre, un communiqué du Premier Ministre annonçait que les instances compétentes du Fonds Monétaire International avaient, le 19 novembre, ratifié l'"accord de principe" passé avec l'Islande le 24 octobre, et que le F.M.I. allait débloquer les fonds promis dans cet accord (2,1 milliards de dollars en 2 ans, dont 827 millions dès la ratification).
Selon la même source, de nombreux États vont, dans la foulée, consentir des prêts à Reykjavik, principalement les pays nordiques (Norvège en tête), la Russie et la Pologne. Au total, quelque 3 milliards de dollars seraient déjà rassemblés.
Le prêt du Fonds monétaire sera remboursé par les Islandais entre 2012 et 2015.
À noter que la presse évoque également un prêt de l'Union Européenne, et bien d'autres sources...
Tant le Premier Ministre Geir Haarde que la ministre des Affaires étrangères Ingibjörg Solrun Gisladottir se sont félicités de ce très important accord avec le FMI et des gestes accomplis par les pays amis, qui devaient permettre une stabilisation puis un redémarrage de l'économie nationale
NDLR : Un réel soulagement pour les Islandais..., qui se sont engagés de leur côté à mettre en oeuvre un "programme de redressement" de leur économie, comportant aussi bien des décisions à effet immédiat que des mesures à court et moyen terme. Ce programme très "contraignant" implique, notamment, de la part de l'État comme de la communauté nationale des efforts significatifs de réduction des dépenses. En bref, la nation va devoir, dans les mois et semestres à venir, se soumettre à une sérieuse "cure d'austérité", lui permettant ultérieurement de retrouver, grâce à ses nombreux atouts, le chemin de la croissance.
VISITE OFFICIELLE DU MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES NORVÉGIEN EN ISLANDE
Le 3 novembre, M. Jonas Gahr Stoere, ministre norvégien des Affaires Étrangères, a commencé une visite officielle en Islande, où il a eu d'importants entretiens avec le Premier Ministre Geir Haarde et son homologue Mme Ingibjörg Solrun Gisladottir.
Au cours de ces discussions, outre un tour d'horizon de la situation internationale et un échange de vues sur les relations entre l'Union européenne et les deux États nordiques (les seuls du "Conseil nordique" à ne pas adhérer à l'UE), l'accent a été mis sur le besoin d'aide en devises que la "crise économique et financière" a brusquement fait naître en Islande, et sur l'accord récemment intervenu entre Reykjavik et le FMI.
Le Ministre norvégien, à cette occasion, qu'un nouveau prêt de 500 millions d'euros était consenti par Oslo à l'Islande, s'ajoutant au prêt (400 millions) accordé le 14 octobre.
Par ailleurs il a signé avec son homologue islandaise un accord sur la collaboration islando-norvégienne en matière de recherche pétrolière sous-marine dans la zone prometteuse "du Dragon", -région située au Nord-Est de l'Islande, à une journée de celle-ci par voie maritime- où Islandais et Norvégiens, États limitrophes, doivent coopérer étroitement, vu la proximité, voire le chevauchement, de leurs ressources en hydrocarbures.
Rappelons que les Islandais ont l'intention d'ouvrir, courant 2009, la "zone du Dragon" à l'exploration et à la recherche par des compagnies pétrolières, et le cas échéant de délivrer (à titre onéreux) les permis correspondants, certaines sociétés internationales ayant manifesté leur intérêt (voir "Bulletins" d'août et septembre 2008).
LES ÎLES FÉROÉ PROPOSENT À L'ISLANDE UN PRET D'ENVIRON 40 MILLIONS D'EUROS
Selon un communiqué en date du 29 octobre du Premier Ministre Geir Haarde, son homologue des ïles Féroé (archipel sous tutelle danoise, peuplé de quelque 48 500 habitants et au PIB s'établissant à 1,1 milliard d'euros seulement), Kaj Leo Johannsen, qui assistait à la réunion des Premiers Ministres nordiques tenue le 28 octobre à Helsinki, a annoncé la décision des autorités féringiennes d'offrir à l'Islande un prêt de 300 millions de couronnes danoises (approximativement 40 millions d'euros). Elles entendent par là participer au "sauvetage" d'un État voisin et ami, avec lequel elles entretiennent des relations historiques et culturelles étroites.
Geir Haarde s'est déclaré particulièrement sensible à ce geste "amical".


