Chroniques islandaises par Michel SALLÉ
POLITIQUE INTÉRIEURE
* État de grâce pour le nouveau gouvernement
Le gouvernement de "grande coalition", constitué fin mai par Geir Haarde et rassemblant les Conservateurs du Parti de l'Indépendance et les Sociaux-démocrates de l'"Alliance", bénéficie fin août d'un "état de grâce" (en islandais "jours de pain blanc") assez exceptionnel : 80 % des citoyens lui font confiance.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
* Sécurité : exercices et man?uvres en août à Keflavik
Du 13 au 15 août 2007 des exercices et man?uvres multilatéraux, dans le cadre de l'OTAN, ont eu lieu sur la base (revenue à l'Islande depuis septembre 2006) de Keflavik, comme au temps de la présence américaine. Les forces de divers pays (300 hommes, 12 avions, un patrouilleur, et des hélicoptères), dont les Etats-Unis, le Danemark, la Norvège et la Lettonie, y participèrent, l'Islande étant maintenant le "pays hôte". Deux thèmes ont servi pour les exercices : la défense de l'espace aérien contre des incursions extérieures, et la défense de l'île contre des actes de sabotage et de terrorisme. Ces man?uvres (Northern Viking) auront désormais lieu annuellement et non plus tous les deux ans, comme par le passé.
* Sécurité : la surveillance de l'espace aérien islandais
En vertu de l'arrangement bilatéral islando-américain signé le 11 octobre 2006 à Washington, les Etats-Unis qui avaient en charge le fonctionnement de la "Radar Agency" -laquelle assurait avec un réseau de statons radar la surveillance de l'espace aérien islandais- et en supportaient les coûts, ont "rétrocédé" cette institution aux Islandais à partir du 16 août. Ils en auront désormais la responsabilité en temps de paix, et assumeront les charges à moins qu'une participation - à définir- de l'OTAN vienne en atténuer le montant pour Reykjavik. En cas de tensions graves, où Washington pourrait être amenée à intervenir, les forces américaines ou alliées s'en remettraient sans doute à leurs avions de surveillance AWACS, sortes de "stations radars volantes". Dans ces conditions, il convient -ce que le Ministère des affaires étrangères fait-, d'évaluer très précisément le coût de l'"Agency" et les services qu'elle peut rendre, en temps de paix, principalement pour le contrôle du trafic aérien, et également au sein de l'OTAN en coordination avec le système de défense de l'Europe. À suivre...
* Violation de l'espace aérien islandais par des bombardiers russes
Au début de la seconde quinzaine d'août, des bombardiers russes pénétrèrent par trois fois dans l'espace aérien islandais au large des Fjords de l'Est. Les radars islandais le notèrent, mais ce sont des chasseurs britanniques et norvégiens équipés de radars qui les interceptèrent et les "reconduisirent" hors de l'espace aérien de l'OTAN (donc de l'espace islandais). Comme on le sait, le président Poutine avait décidé de reprendre sur une vaste échelle les missions des bombardiers hors du territoire national.
Dans le cas de l'"incident" islandais, la Ministre Ingibjörg Solrun reçut les explications de l'Ambassadeur russe, qui tenta de justifier la politique de son pays. Elle minimisa l'affaire, qui ne concernait que marginalement son pays, mais se rattache à l'évolution présente des relations Russie-OTAN, qu'elle ne prend pas au tragique (on n'est pas revenu à la "Guerre froide"). Elle souligna combien la surveillance de l'espace aérien islandais était nécessaire, notamment par la Radar Agency. Pour d'autres, la tâche principale a été effectuée par les radars aéroportés de l'OTAN (avions norvégiens et britanniques).
ÉCONOMIE
* Le cours de la couronne
Dans sa " Lettre hebdomadaire " en date du 16 août, le Ministère des Finances consacre quelques développements à l'évolution du cours de la couronne ces dernières années. À partir de mars 2001, il est fixé par le marché et non par décision de la Banque Centrale. On note que l'émission depuis l'automne 2005 par des investisseurs étrangers d'obligations en couronnes islandaises ("glacier bonds"), portant intérêt aux taux pratiqués en Islande -soit des taux élevés- a entraîné des flux vers l'Islande de capitaux étrangers, à la recherche de ces taux avantageux. D'où une appréciation de la couronne. Celle-ci s'est renversée -et la couronne s'est dévaluée- lorsque les mêmes étrangers ont cessé de souscrire à ces bons ou s'en sont débarrassés, par crainte d'un effondrement de l'économie insulaire, lors de la relative "panique" du printemps 2006. Depuis lors, les fluctuations se poursuivent en fonction de la balance courante du pays, des taux d'intérêt pratiqués et des différentiels avec ceux d'autres marchés, et plus généralement de la situation des Bourses internationales, et du cours des principales devises
* Les retraites des Islandais
Dans sa même " Lettre hebdomadaire " (16 août), le Ministère des Finances, prenant appui sur des travaux récents de l'OCDE, constate que les retraités islandais sont le plus souvent les mieux traités des retraités des pays nordiques (dans quelques cas, ils arrivent en second derrière les Danois) lorsqu'on prend en considération le rapport ("taux de remplacement") entre les retraites et les revenus (antérieurs) d'activité.
* Les restaurants et la baisse de la TVA en mars
Comme on se le rappelle (voir "Bulletin" de mars), le gouvernement avait, pour lutter contre l'inflation, décidé une baisse substantielle de la TVA, en mars dernier, sur les produits alimentaires et les services des restaurants.
Les associations de consommateurs ont récemment soumis au Ministre du Commerce une étude montrant que dans de nombreux cas cette "baisse" n'avait pas été répercutée sur les clients par les restaurateurs et hôteliers. Le Ministre Björgvin G. Sigfusson, mécontent, reprend le dossier.
* Une pêche responsable (Communiqué officiel) :
À l'initiative de M. Einar K. Gudfinnsson, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, les instances responsables de la pêche et de la sauvegarde des stocks maritimes dans les zones de pêche islandaises, ont publié un communiqué le 7 août, sur les mesures prises pour mettre en ?uvre une politique de pêche responsable et de protection de l’écosystème marin.
Ce communiqué est destiné à tous ceux qui sont concernés par l’état des stocks marins et de la pêche responsable, plus particulièrement les acteurs économiques de la filière pêche islandaise ainsi que les consommateurs des produits de la mer islandais.
Le principe de limitation de captures est la pierre angulaire du système. Une part du total autorisé de capture (TAC) par espèce est allouée aux navires de pêche individuels. Ces parts sont transférables entre navires sous certaines conditions.
C’est le ministre de la Pêche qui décide du total autorisé de capture chaque année. Cette décision est fondée sur le principe du développement durable et tient ainsi compte de la recherche scientifique et des facteurs économiques. L’institut de la recherche maritime (www.hafro.is) soumet son évaluation au Conseil International pour l’Exploration de la Mer (ICES), avant publication.
Plusieurs mesures sont également destinées à protéger les poissons de petite taille et les zones ou les écosystèmes vulnérables.
Un effort constant est fait pour le renforcement de la recherche scientifique et pour la surveillance des captures.
Les autorités islandaises ont l’ambition d’être à la pointe de la gestion des ressources marines, une gestion déjà riche d’expériences.
Le communiqué en version anglaise est disponible sur le site de la fédération nationale des armateurs, LIU. (pdf)
Autres sources d’informations :
Ministère de la Pêche - Centre d'informations sur la filière de la pêche : www.fisheries.is
Institut de Recherche Maritime : www.hafro.is
Direction Générale des Pêches Maritimes www.fiskistofa.is
SOCIÉTÉ
* Dépenses d'éducation en forte hausse entre 1998 et 2007
Selon la lettre d'informations du Ministère des Finances en date du 30 août, les dépenses publiques consacrées à l'éducation ont crû, en termes réels, de près de 70 % entre 1998 et 2007, où elles atteignent 37 milliards de couronnes, soit 10,1 % des dépenses du Trésor. La part consacrée à l'Université a, durant la période en cause, augmenté de 121 %.
BIBLIOGRAPHIE ET DOCUMENTS
"ISLANDE : DÉVELOPPEMENT ÉCONOMIQUE ET PROTECTION DE L'ENVIRONNEMENT, UNE SYMBIOSE RÉUSSIE"
Le groupe interparlementaire d'amitié du Sénat "France-Europe du Nord" a envoyé en Islande, en octobre 2006, une délégation pour un voyage d'études sur ce thème porteur. Il en est résulté, sous la plume du Sénateur Yves Pozzo Di BORGO, un rapport très stimulant, qui, dans chacun des deux pays, ouvre la voie à des réflexions intéressantes sur des questions controversées.
Le rapport, dont nous résumons ci-dessous la problématique principale, a pour butde présenter l'Islande du XXIème siècle, et d'inspirer de nouvelles pistes de réflexion pour la France de demain.
Même si la France et l'Islande ne sont pas confrontées aux mêmes problématiques et qu'il existe des différences inhérentes à leur géographie et population, une meilleure connaissance des politiques islandaises peut constituer un réservoir d'idées pour les réformes futures de la France, selon les auteurs du rapport.
Le Sénat a publié le rapport sur son site : http://www.senat.fr/ga/ga73/ga73.html.
Il est également possible de commander une version imprimée (avec cartes et photos) sur le site au tarif de 3,50 euro, plus frais d'envoi (1,50).
La problématique :
Terre de feu et de glace, pauvre en matières premières, l’Islande a su valoriser ses ressources hydrauliques et géothermiques. Les énergies renouvelables assurent ainsi plus de 70 % de ses besoins énergétiques. Le savoir-faire islandais - mis en ?uvre par des industries énergétiques puissantes - est désormais reconnu et fait l'objet de sollicitations croissantes dans un contexte international de plus en plus sensible aux enjeux environnementaux.
Le modèle énergétique islandais est-il exportableÊ? Existe-t-il des synergies entre les politiques énergétiques française et islandaise ? Quelle(s) coopération(s) l'Islande, la France et ses partenaires européens peuvent-ils mettre en ?uvre dans le domaine des énergies propres ?


