Chroniques islandaises par Michel SALLÉ
L'ACTUALITÉ ISLANDAISE EN OCTOBRE 2004
POLITIQUE INTÉRIEURE
- La rentrée parlementaire.
* Elle a eu lieu le 1er octobre, et fut marquée au départ par un " incident
de séance " lorsque le Président de l'Assemblée, l'ancien ministre Halldor
Blöndal¨ (Parti de l'Indépendance) mentionna la remise en cause des droits
du Parlement, représentant le peuple souverain, par le veto présidentiel
(d'essence monarchique) en juin-juillet, et la crise qui s'ensuivit (voir
nos numéros précédents). Les députés de gauche, en signe de protestation
contre les propos de Halldor, quittèrent la salle des séances.
* Ultérieurement, le Président de la République, qui assiste
traditionnellement à l'ouverture de la session, s'efforça de " calmer le jeu
" en rendant un vif hommage à l'ancien Premier ministre, David Oddsson, et
au courage qu'il a manifesté en acceptant, au lendemain d'une grave
opération, la lourde tâche de Ministre des affaires étrangères dans le
gouvernement formé le 15 septembre. Il loua aussi l'expérience du nouveau
Premier ministre, Halldor Asgrimsson. Il se garda bien d'évoquer le conflit
de l'été. Quelles conclusions en tirer ? Doit-on conclure que le Chef de
l'État entend de facto renoncer à son droit de veto et revenir à une
conception " classique " de ses pouvoirs. La révision de la Constitution,
prévue et annoncée par les adversaires du veto, aura-t-elle lieu ?
N'oublions pas qu'elle est soumise à une procédure assez complexe et
demandant du temps.
* L'avenir nous permettra sans doute de voir plus clair dans ces
interrogations.
- La rentrée parlementaire (suite) : Discours de politique générale du
Premier Ministre
Selon l'usage, le nouveau Premier ministre, Halldor Asgimsson (qui a succédé
à David Oddsson le 15 septembre) a prononcé le discours inaugural de
politique générale (ouvrant la session de l'Althingi) le 4 octobre.
D'entrée de jeu, il a annoncé que la ligne générale de son action se
situerait dans la ligne de celle menée par son prédécesseur et plus
généralement par la coalition aux affaires depuis 1995, puisqu'elle " avait
enregistré de nombreux résultats positifs ". Au passage, il a évoqué la
grève des enseignants, qui ne concerne pas le gouvernement, lesdits
enseignants dépendant non de l'État mais des collectivités locales.
Halldor a comme objectifs l'augmentation du revenu disponible (+ 50 % prévus
entre 1995 et 2007), la diversification de l'économie, l'accroissement des
investissements étrangers, etc. Et cela dans un environnement économique
stable, qui suppose une politique budgétaire rigoureuse en raison de la
réalisation en cours des " grands projets industriels ". Ainsi le budget de
l'État sera excédentaire, le surplus servant à " éponger " la dette publique
(41 % du PIB en 1998 ; 27,5 % en 2004). Les baisses d'impôt seront cependant
poursuivies (impôt sur le revenu, etc), surtout à la fin de la période
d'expansion.
La privatisation de la Compagnie nationale de Télécommunications fait des
progrès, avec en novembre la désignation d'un consultant, la vente des
actions devant commencer au 1er semestre 2005.
Les réformes entreprises dans le domaine de l'enseignement, priorité des
priorités, seront élargies, tant pour le secondaire (réduction d'une année,
sans baisse de la qualité) que pour le supérieur, dont les progrès
qualitatifs (diversification, etc) et quantitatifs (nombre d'étudiants,
etc.) sont remarquables.
La santé et le logement des handicapés feront l'objet d'efforts
particuliers. Plus généralement la politique de santé publique, notamment en
faveur des infirmes, verra ses moyens accrus, quoiqu'en dise l'opposition,
et malgré l'ampleur des besoins.
L'expansion économique doit se faire dans le renforcement de la concurrence,
dans le respect des droits des actionnaires minoritaires, etc, -en
application des recommandations du Comité sur l'environnement du monde des
affaires.
Halldor a également souligné la nécessité d'intensifier les programmes pour
les infrastructures des transports et communications, ceux relatifs à
l'environnement, au secteur agricole (flexibilité accrue, recherche, etc),
aux pêcheries (où l'instauration d'une taxe à la charge des armateurs doit
apaiser les polémiques passées), au logement.
Le Premier ministre a conclu en rappelant le rôle toujours plus grand de son
pays sur la scène internationale (des organismes régionaux à l'ONU). Il a
aussi mentionné la nécessité d'une révision constitutionnelle, clarifiant
les problèmes relatifs aux rôles respectifs du Chef de l'État, du
Gouvernement et du Parlement, suite aux " orages " de l'été 2004. Tous
doivent se mettre au travail sur ce thème, avec responsabilité et bonne
volonté.
- La rentrée parlementaire (suite) : les réactions de l'opposition
Les deux partis de l'opposition de gauche ont réagi au discours de Halldor :
- en décidant de " constituer un front uni " face aux projets du
gouvernement et en présentant des propositions communes. La première vise au
retrait de l'Islande de la " coalition " en Irak.
- au titre de la " Gauche Verte ", Steingrimur Sigfusson a jugé le propos de
Halldor un des plus mauvais jamais entendu comme " discours de rentrée ".
Tout lui semble contestable.
- le Président de l'" Alliance " (gauche modérée) a surtout critiqué
l'entrée du pays dans la coalition en Irak. Par là, l'île est passée de la
démocratie à la " ministèrocratie ", qui fait chaque jour des ravages :
nominations partisanes à la Cour Suprême, etc. Il a prôné une réforme
électorale faisant du pays une circonscription unique ; a réhabilité
l'exercice du référendum ; a fustigé la concentration dans les pêcheries. La
politique de baisses d'impôts, selon lui, favorise " les riches ".
POLITIQUE EXTÉRIEURE
- Relations franco-islandaises : Tomas Ingi Olrich, futur Ambassadeur en
France
Comme nos lecteurs le savent, Madame Sigridur Snaevarr, Ambassadeur
d'Islande en France (et dans divers pays voisins et auprès d'organismes
internationaux) depuis 1999, nous quitte vers le 1er novembre 2004, au terme
d'une mission remarquablement dynamique et riche en événements
franco-islandais (dont la prestigieuse et réussie " Quinzaine culturelle "
de l'automne 2004). Pour lui succéder, le gouvernement de Reykjavik a
désigné M. Tomas Ingi Olrich, qui s'installe à Paris dans les jours qui
suivent.
Tomas Ingi Olrich n'est pas un inconnu pour les amis français de l'île et
maints adhérents de l' " Association France-Islande " (avec, notamment, sa
participation au " Colloque " Heimskringla " du 2 décembre 2000, organisé
par l'Ambassade ; et sa belle et riche conférence sur l'Althingi médiéval,
donnée au Sénat le 5 octobre 2004 dans le cadre de la " Quinzaine Culturelle
islandaise "), et son nom est apparu à diverses reprises dans nos colonnes.
En attendant des indications biographiques plus complètes, que nos prochains
numéros apporteront, rappelons que l'intéressé a obtenu sa licence et sa
maîtrise de lettres modernes à l'Université de Montpellier, a ensuite
enseigné notre langue et notre littérature au lycée d'Akureyri, puis a
entamé une carrière politique. De 1991 à 2004, il a été député du Parti de
l'Indépendance pour le nord-est de l'Islande ; et de 2002 à 2004 Ministre de
l'Éducation, des Sciences et de la Culture. Il est ensuite entré dans le
corps diplomatique islandais, avec le rang d'Ambassadeur.
- Célébration du dixième anniversaire de l'entrée en vigueur de l'accord sur
l'Espace économique européen
Début octobre, à l'initiative de certains organes de l'A.E.L.E. (Association
Européenne de Libre Échange : Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse) qui,
Suisse exceptée, est liée à l'Union européenne, par l'accord sur l'Espace
Économique Européen, le dixième anniversaire de l'entrée en vigueur de cet
accord a été célébré à Reykjavik par un colloque où le Premier Ministre
Halldor Asgrimsson a pris la parole.
* Rappel historique :
En janvier 1989, Jacques Delors, Président de la Commission de Bruxelles,
suggère une négociation entre les États de la CEE et ceux de l'AELE (l'AELE,
alors, comprend aussi l'Autriche, la Suède et la Finlande, entrées depuis
dans l'Union européenne). Il a en vue la création d'un Espace économique
européen (EEE), fondé sur le principe des " quatre libertés " (liberté de
circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes)
et la mise en ¦uvre de " politiques d'accompagnement " pour intensifier la
coopération culturelle, scientifique, les actions pour l'environnement, etc.
Il s'agit de renforcer l'intégration entre les Dix-Neuf, sans que les États
de l'AELE subissent les inconvénients d¹une adhésion à la CEE
(supranationalité, politiques communes,...).
L'accord sur l'Espace sera signé en 1992, et entre en vigueur en 1994. Il
sera, à partir de 1995, le cadre régissant les relations économiques et
organisant des coopérations approfondies entre les deux groupes d'États.
Dix années se sont écoulées depuis l'entrée en vigueur de l'EEE et celui-ci
demeure en vigueur. C'est qu'il a présenté, malgré des lacunes
incontestables, des avantages pour ceux choisissant de rester hors de
l'Union européenne.
S'agissant du bilan de l'EEE vu du côté islandais, notons qu'il ne comporte
aucune dose de supranationalité et donc, au départ, apaisait les craintes
des " souverainistes " de l'île. Surtout, grâce à la mise en ¦uvre des "
quatre libertés ", il a contribué à l'expansion des échanges (en particulier
commerciaux) entre l'Île et le continent. Il supprime divers obstacles
(droits de douane, obstacles non-tarifaires) et facilite les contacts entre
entreprises ; dans des branches qui n'étaient pas des priorités islandaises,
il a joué un rôle moteur. En 2003, l'Union européenne fournit environ 57 %
des importations islandaises, et achète plus de 72 % de ses ventes.
L'EEE a évité, en outre, à l'agriculture et à la pêche les dangers liés à
une adhésion à l'Union européenne, tout en prévoyant de modestes avantages
pour ces secteurs.
Sur le plan de la circulation des services et des capitaux, il a stimulé un
effort colossal de modernisation et de libéralisation de la réglementation,
là où des textes sclérosés dominaient. Il favorise aussi les investissements
réciproques, le capital étranger ne pouvant toutefois s'investir dans les
ressources naturelles (pêche et production d'électricité) islandaises.
Pour la circulation des personnes, l'EEE a fait faire des progrès énormes,
tout en comportant des " clauses de sauvegarde " en ce qui concerne
l'installation en Islande de travailleurs migrants.
Les " politiques d'accompagnement " prévues par l'EEE incluent ses membres
dans de vastes programmes de coopération culturelle, universitaire,
scientifique, d'actions pour la protection de l'environnement, etc.
Face à ces acquis, divers inconvénients de l'EEE sont souvent dénoncés à
Reykjavik. Dans les domaines régis par l'Espace, la réglementation est
largement élaborée à Bruxelles par la Commission de l'Union, et les pays de
l'EEE qui ne sont pas membres de l'Union européenne n'ont qu'une part
limitée dans la prise de décision. Leurs experts sont consultés dans la
phase initiale (préparation des textes) et, même si, ensuite, ils peuvent
faire part de leurs objections aux pays de l'Union européenne, c'est
celle-ci qui prend la décision finale. Certes, il existe une Commission
mixte où se retrouvent tous les États de l'EEE, mais son rôle est limité.
Bien que la faculté existe pour les États non-membres de l'Union européenne
d'opposer un veto à une décision, cette situation, lourde de conflits, ne
s'est jamais produite. En outre, le Conseil des ministres de l'EEE (les
ministres des Affaires étrangères) se réunit deux fois par an pour des
sessions courtes et formelles.
* Le point de vue de Halldor Asgrimsson
Dans son allocution, le Premier ministre islandais a souligné les aspects
positifs de l'EEE. Il a rappelé qu'en vertu d'arrangements particuliers, la
Norvège et l'Islande participaient financièrement (de manière significative,
par tête d'habitant) au développement des régions les moins favorisées de
l'Union (dans le cadre des " politiques structurelles ").
Il a également mentionné qu'en raison de la Politique Commune des Pêches,
qui nuirait à ses intérêts, l'île ne demandait pas à adhérer à l'UE. Elle
suivra avec beaucoup d'attention les suites du récent élargissement de
l'Union et les discussions avec la Turquie ; ainsi que le sort du projet de
Constitution.
Sa conclusion : en attendant de nouvelles mutations de l'UE, mettre en
commun tous les moyens dont dispose les divers acteurs économiques, publics
et privés, au service de l'intensification des rapports entre l'Espace
Économique et l'Union Européenne.
- Relations avec la Russie
Les forces navales russes (au moins six bâtiments) ont fait, fin septembre
et début octobre, un exercice militaire à proximité de l'Islande, sans en
avoir averti les autorités de l'île. Le ministre de la Justice, Björn
Bjarnason, dont dépendent les Garde-Côtes (ceux-ci l'avaient informé de
l'exercice), constate que la marine russe se renforce. Mais surtout que les
négociations avec Washington sur les moyens de la Base de Keflavik ne
prennent que plus d'mportance, à la lumière de tels " incidents ".
Depuis lors, des échanges de lettres ont eu lieu entre les deux parties,
sans acrimonie ; et les navires russes à la mi-octobre avaient quitté la
zone.
L'opposition de gauche a néanmoins, le 18 octobre, accusé le gouvernement de
" complaisance " à l'égard de la Russie à propos de cette affaire. Le
ministre de la Justice a réfuté une telle accusation, s'appuyant sur des
considérations juridiques, politiques et militaires et sur les rapports des
Garde-Côtes.
- Afghanistan
Le 23 octobre, à Kaboul, trois membres islandais des forces internationales
de maintien de la paix (placées sous le commandement de l'OTAN agissant sur
mandat de l'ONU) ont été blessés à la suite d'une attaque-suicide sur un
marché, attribuée aux Talibans.
Le Premier ministre a vivement condamné cette attaque, qui n'entamerait pas
la détermination du gouvernement à continuer sa participation au maintien de
la paix (notamment en ce qui concerne la sécurité de l'aéroport de la
capitale afghane).
L'extrême-gauche " Gauche-Verte " a rejeté la responsabilité de l'incident
sur le gouvernement, coupable, selon elle, d'associer le pays à des
opérations paramilitaires dans le sillage des Américains.
- Norvège et Union européenne : une conférence prometteuse
Même si les termes du problème ne sont pas rigoureusement les mêmes pour les
deux pays, on compare souvent l'attitude de la Norvège et celle de l'Islande
face à l'Union européenne. Pour ceux qu'intéresse le débat, nous signalons
qu'en collaboration avec l'Ambassade de Norvège en France, l'Association "
France-Norvège " organise le mardi 16 novembre, à 20 heures, à la " Maison
de Norvège ", 7 bd Jourdan, 75014 Paris, une :
" Conférence-Débat " sur le thème : " La Norvège face à l'U.E. ",
donnée par Jean-François Battail, Professeur des Universités.
Les aspects historiques, politiques, économiques et socio-culturels seront
analysés ; et l'assistance prendra part au débat suivant la conférence.
Tous renseignements auprès de Sylvain Krieg, Association France-Norvège :
tel 01 43 28 53 53
ÉCONOMIE
- Présentation au Parlement du projet de budget pour 2005 par le ministre
Geir Haarde
Le 5 octobre, le Ministre des Finances, Geir Haarde a présenté au Parlement,
qui va en entamer la discussion, le projet de budget pour 2005. Les
principaux points de son discours portent sur ce budget proprement dit et
sur les perspectives des années 2005-2008 :
? l'expansion de l'activité économique (le PIB aura augmenté de 25 % entre
2003 et 2007 ; le revenu disponible réel des ménages de 15 %), due aux
projets industriels (centrales électriques, usines d'aluminium, donc
accroissement de l'emploi), sera dans les deux années à venir génératrice de
tensions inflationnistes. Celles-ci imposent une politique budgétaire
rigoureuse, qui, une fois le " pic " de l'activité dépassé (après 2006),
devra être renversée ;
? les dépenses de consommation publique (dont les salaires des agents
publics) n'augmenteront pas de plus de 2 % (en valeur réelle) par an ; les
dépenses de transferts de plus de 2,5 % ;
? les investissements de l'État diminueront en 2005 et, plus encore, en
2006. Le " pic " passé, ils remonteront en 2007 et 2008 ;
? les baisses d'impôt seront symboliques en 2005 (légère baise de l'impôt
sur le revenu des personnes physiques ; disparition de taxes sur la
richesse) et plus substantielles en 2006 et 2007. Au total, l'impôt
personnel sur le revenu sera tombé de 30,41 % en 1997 à 21,75 % en 2007.
On a critiqué ces baisses, accusées d'être " inflationnistes " : mais il
faut rappeler que le pourcentage de la dépense de l'État dans le PIB sera
passé de plus de 32,2 % en 2004 à 29,8 % en 2006.
Geir a ajouté que le déficit extérieur courant augmenterait nettement durant
la construction des usines, puis se réduirait lorsque, en service, elles
contribueront à gonfler les exportations (aluminium, etc.). D'autres "
retournements de situation " affecteront le solde du budget, les prix, le
pouvoir d'achat, l'emploi. D'où la flexibilité indispensable dans la
politique des autorités publiques.
Le ministre a souligné que les hypothèses ci-dessus ne prenaient pas en
compte la privatisation prochaine de la compagnie nationale de télécoms,
source de revenus, servant au remboursement de la dette : ce qui entraînera
des dépenses moindres pour l'État (intérêts).
Revenant au projet de budget 2005, Geir Haarde a insisté sur le montant de
l'excédent prévu : 11,2 mds, soit 17,5 mds de plus que le résultat de
l'exercice 2003. Il repose sur une croissance du PIB de 5 % et un taux
d'inflation de 3,5 %, un taux de chômage de 2,75 %, une consommation privée
en hausse de 5 %. Le total des recettes, dans ce contexte, s'établit à 306
mds de couronnes (290 en 2004), dont 280 provient de la fiscalité.
Les dépenses s'élèveront à 294,6 mds, soit, en valeur nominale, 12 mds de
plus qu'en 2004 : l'accroissement des dépenses courantes (nominales) est
minimal ; l'investissement est rogné légèrement.
Au total, les excédents entre 1998 et 2005 devraient au total dépasser 68
mds, ce qui a permis, entre autres choses (dépenses de recherche
exceptionnelles, etc.), de réduire la dette brute du Trésor, qui se montait
à 51,2 % du PIB en 1995 et sera égale à 27,6 % fin 2005.
Parmi le mesures " spectaculaires " de ce projet de budget, on citera :
celles visant la recherche, l'éducation, le logement des handicapés, les
hôpitaux, les crèches, la police et l'aide aux pays pauvres (0,09 % du PIB
en 1999 et 0,21 % en 2005).
D'aucuns -dans l'opposition notamment- souhaiteraient des dépenses plus
généreuses, mais les dangers de la surchauffe, de l'inflation, en pleine
période de grands projets industriels, apparaissent aux yeux du gouvernement
menaçants pour la stabilité économique du pays, donc ses progrès futurs.
Si l'on compare l'économie islandaise avec d'autres économies, on constate
que la croissance est parmi les plus élevées, le chômage parmi les plus bas.
Pour l'avenir, la solidité du système des retraites, fondé sur la
capitalisation, est un facteur positif.
Le texte intégral du discours de Geir Haarde est disponible, en islandais et
en anglais, sur le Site du Ministère des Finances
(http://eng.fjarmalaraduneyti.Is)
- Budget (suite) : Communiqué du Ministère des Finances
Peu avant la présentation à l'Althingi du projet de budget, le Ministère des
Finances avait publié un communiqué sur ce projet, où il annonçait qu'en
même temps que le budget, les députés recevaient le programme à moyen terme
des grandes lignes de la politique budgétaire envisagée pour les quatre
années à venir (en fonction de l'évolution prévisible de la conjoncture, et
avec le souci du maintien de la stabilité économique). Le communiqué précise
aussi que :
? l'excédent prévu pour 2004 -1,2 milliards de couronnes- représentait 1,2 %
du PIB ;
? durant la législature 2003-2007, l'impôt sur le revenu des personnes
physiques baissera au total de 4 % ;
? les dépenses en 2005, en légère augmentation (sur 2004) en valeur
nominale, sont stables en valeur réelle, et en diminution comme pourcentage
du PIB ;
? les risques de surchauffe sont liés, outre aux " grands projets
industriels ", à la politique des banques en matière de crédit au logement
(voir bulletin de septembre).
- Nouvelles prévisions économiques
La lettre du Ministère des Finances en date du 7 octobre donne un résumé des
prévisions à court et moyen terme publiées par le Ministère récemment (texte
complet sur le Site) :
? l'expansion a repris en 2003 (PIB : +4 %), s'accélère en 2004 (+5,5 %) et
2006 (+5 %) et redescend très légèrement en 2006 (+4,5 %). Pour les années
2007 à 2010 (les " grands projets " étant largement achevés) une décrue est
prévue, mais la croissance annuelle moyenne devrait avoisiner 2,5 %.
Réalisations industrielles et consommation privée sont les facteurs
déterminants de cette évolution générale.
? le déficit de la balance courante se gonfle en 2005 (11 % du PIB) et
surtout 2006 (importation d'équipements, etc.) mais se réduit ensuite.
? Le chômage s'établirait autour de 3 % en 2004, 2,75 % en 2005 et 2,25 % en
2006. L'inflation, après avoir avoisiné 3 % en 2004, 3,5 % en 2005 et 3,25 %
en 2006, reculerait ensuite.
? La politique budgétaire sera restrictive jusqu'en 2006 ; au-delà, elle
changera d'orientation. La politique monétaire de la Banque Centrale devra
relever les taux d'intérêt puis les diminuer, selon le même calendrier.
- Syndicats et politique économique
La principale confédération syndicale de travailleurs a émis de vives
critiques à l'égard de la politique économique annoncée, lors du début de la
session parlementaire, par le Premier ministre et celui des Finances. Les
baisses d'impôts favorisent les " riches ". L'inflation menace, avec ses
conséquences sur le pouvoir d¹achat et les accords salariaux. Le
gouvernement ne lutte pas avec suffisamment d'énergie contre la " surchauffe
", etc.
Le Premier ministre a proposé une rencontre de travail à ladite
confédération.
- Compétitivité
Selon le classement du " Forum Économique mondial " (basé en Suisse),
l'Islande a reculé de deux places par rapport à l'année précédente et se
situe au 10e rang ; la Finlande restant au premier, la Suède au troisième,
le Danemark et la Norvège aux cinquième et sixième.
- L'Islandais S.I.F. achète Labeyrie
Le groupe islandais SIF (pêche, transformation et exportation de poisson) a
acheté le groupe Labeyrie (foie gras, saumon fumé, produits réfrigérés,
etc), essentiellement présent en France mais aussi en Écosse et en Espagne,
pour la coquette somme de 29 milliards de couronnes. Pour cela, il a
emprunté, vendu des filiales et augmentera son capital.
- Concentrations
Le groupe anglo-saxon de télécommunications Og Vodaphone (un des concurrents
de la compagnie d'État Landsiminn, appelée à être privatisée dans un proche
avenir) a racheté fin octobre le puissant conglomérat Nordurljos, très
présent dans les médias (presse, audiovisuel, etc) et le commerce. Exemple
significatif de l'important mouvement de " concentrations " à l'¦uvre
présentement dans le secteur tertiaire (banques, assurances, communication,
etc.) et les pêcheries. Des achats d'entreprises étrangères sont également
pratiqués par les groupes les plus actifs.
On a en mémoire que les mesures prises au printemps sur l'initiative du
Premier Ministre d'alors, David Oddsson, à l'encontre des concentrations
dans les médias concernaient entre autres Nordurljos et avaient débouché sur
une crise institutionnelle, le Président de la République ayant opposé un
veto (légal, mais non conforme à la tradition) à la loi votée sur cette
question par l'Althingi, mais retirée depuis avec l'accord du Parlement et
du gouvernement, en guise d'apaisement de la crise (voir nos précédents
numéros).
SOCIÉTÉ
* Consommation de poisson
Selon le Laboratoire islandais des Pêcheries, organisme public, la
consommation de poisson a diminué de 30 % depuis 1990. Il convient donc de
restaurer, sur les plans diététique et sanitaire, l'image de cet aliment.
- Grève des eneignants : un répit
La grève, affectant les enseignants en conflit, depuis environ 6 semaines,
avec les collectivités locales qui les emploient, a connu, fin octobre, un
répit (provisoire) : employeurs et enseignants, après un recours à la
médiation du " State negociator ", se sont mis d'accord sur des
augmentations de salaires non négligeables.
Ce compromis est maintenant soumis au vote des professeurs en grève. Si le
vote s'avérait négatif, le conflit pourrait resurgir trois semaines après l'
" armistice " : dans l'attente, les cours ont repris.
Gouvernement, médias et beaucoup de familles attendent un " heureux résultat
" du scrutin.
CULTURE
- Quinzaine Culturelle islandais : erratum
Nos derniers bulletins (août et septembre), dans un paragraphe consacré à la
Quinzaine Culturelle islandaise, ont commis une légère erreur (ou plutôt une
" simplification " injustifiée), quant à la conception, la mise en ¦uvre et
la réalisation de cet ensemble de manifestations en France, qui a remporté
un très grand succès public.
S'il est exact que l'Ambassade d'Islande en France a joué un rôle éminent
dans ces opérations, il faut rappeler :
? que le projet est né d'une initiative commune des deux gouvernements, au
plus haut niveau ;
? que, tant du côté islandais que français, la conception générale a été le
fait de diverses institutions publiques, qui ont associé nombre de
partenaires privés. Du côté islandais, le Ministère de l'Éducation, de la
Science et de la Culture a joué un rôle moteur, en coopération étroite avec
d¹autres Départements ministériels et diverses institutions ;
? que l'Ambassade d'Islande à Paris, la Maison des Cultures du Monde, et
d'importants organismes publics et privés ont mis en ¦uvre, en parfaite
coordination, le programme élaboré sous le contrôle des gouvernements. Bien
entendu, l'apport -collectif et individuel-, des artistes, scientifiques et
" experts " de diverses disciplines, a été décisif pour le succès des
manifestations ;
? que le financement, apporté en partie par les autorités publiques
islandaises et françaises, a été substantiellement accru par la
participation de " sponsors " privés, et notamment d'importantes entreprises
islandaises (mais aussi françaises) ;
C'est cette collaboration active et quotidienne de partenaires ¦uvrant pour
le renforcement des liens entre les deux nations, qui a permis la réussite
de la plus importante manifestation islandaise en France.
- Les Boréales de Caen : 19-27 novembre
Dans le cadre de la 13e édition du festival nordique " culturel et
artistique " de Caen, nous signalons particulièrement les manifestations
suivantes, consacrées à l'Islande : (Caen : 21 novembre à 17dimanche
* Débat : "Islande, terre de miracles" (dimanche 21 après-midi, vers 15h)
Incontestablement, l'Islande a quelque chose de miraculeux. De la
littérature médiévale (qui ne se résume pas qu'aux célèbres sagas) en
passant par le romancier Halldór Laxness (prix Nobel en 1955), jusqu'à
Björk, l'Islande voit naître des talents singuliers qui rayonnent dans le
monde entier. En écho à la belle manifestation De glace et de feu, Les
Boréales rendent hommage à ce pays et sa civilisation qui interpelle tout
autant que ses paysages fascinent.
Débat animé par Jean-Baptiste Coursaud, avec Vigdis Finnbogadóttir, Kristín
Ómarsdóttir, Marie Darrieussecq, Torfi Tulinius.
* Multipliant les moments de convivialité, le festival, présente, en
partenariat avec ARTE, plusieurs documentaires nordiques, dont : "Un taxi
pour Reykjavik" (samedi 27, le matin) :
de Damien Peyret (France 2001, 13mn).
Coproduction ARTE France, Agat Films, Gloria Films, Morgane Production.
Sélection au Festival de Locarno 2001.
Le cinéaste restitue une image insolite de la vie sociale dans la capitale
islandaise, à travers un lieu unique (une piscine à ciel ouvert) et un
dispositif filmique qui relève autant de l'installation vidéo, de la photo
et du documentaire que de la caméra surveillance.
* Musiques électroniques : Einóma (samedi 27, le soir)
Bjarni et Steindór, deux amis vivant à Reykjavik, commencent l'aventure
Einóma avec quelques modestes productions sur le label islandais Uniform.
Ils signent ensuite chez Vertical Form en 2002 et sortent leur premier album
Undir Feilnótum. Après plusieurs mois de travail, ils sortent Milli Tónverka
en 2003, toujours chez Vertical Form, un mélange savamment maîtrisé de
profondes rythmiques innovantes et d'ambiances fascinantes, dans la veine
des meilleures productions d'Autechre. Ce sera leur premier concert en
France.
www.einoma.net.
? Pour des renseignements complémentaires sur les Boréales, y compris les
évènements concernant les autres pays nordiques, dont la Lettonie -invitée
d¹honneur-, consulter le site : www.crl.basse-normandie.com


