Bulletin mensuel
L´ACTUALITÉ ISLANDAISE EN JUIN 2008
ENVIRONNEMENT
* CHASSE COMMERCIALE À LA BALEINE
L’Institut de recherches marines a soumis, début juin, au Ministre des Pêcheries, Einar K. Gudfinsson (un élu Conservateur des fjords de l'Ouest), ses propositions concernant la chasse commerciale à la baleine pour la campagne 2008-2009. L'Institut, reconnaissant que le stock de baleines de Minke a sensiblement diminué au cours des récentes années dans les eaux islandaises (migrations ?), limite à 100 le nombre des captures recommandées. Il en avait proposé 400 en juin 2007 pour la campagne 2007-2008, dont seulement 40 furent entérinées par le Ministre en mai dernier.
Comme on le sait, la perspective de captures "commerciales" se heurte toujours à des réticences de la part des Ministres sociaux-démocrates (dont celle des Affaires étrangères, Présidente du parti. Voir "Bulletin" de mai 2008). Einar K. Gudfinsson pour le moment "n'exclut rien", et attend notamment de voir clair sur la possibilité d'exporter (au Japon ?) la viande des cétacés. Plus généralement, il admet que la question -sur laquelle il a légalement tout pouvoir pour décider- méritera le moment venu une franche discussion entre les deux partis de la coalition gouvernementale.
* DEUX OURS POLAIRES TUÉS EN ISLANDE
Le 3 juin, un ours polaire, dérivant du Groenland en Islande sur un bloc de banquise qui s'était détaché, a été abattu par la police dans la région de Saudarkrokur (Nord de l'Île). Il avait été jugé menaçant pour les habitations et les élevages, et l'on ne disposait pas des moyens pour le neutraliser et le capturer.
L'opinion s'est divisée dans le pays sur la réaction des autorités et de la police locales.
Les associations environnementalistes, relayées par leurs homologues étrangères, se sont émues, l'ours polaire étant une espèce protégée. Les pouvoirs publics ont fait procéder à une enquête.
Le 16 juin, un second ours a "débarqué" dans la même région. Les autorités danoises (qui exercent la tutelle sur le Groenland), en accord avec les Islandais, ont très rapidement prévu des dispositions pour le faire capturer et le rapatrier dans son pays d'origine ou dans un zoo danois. Malheureusement, la solution arrêtée a échoué au dernier moment. L'animal, qu'un vétérinaire danois était venu capturer et qui avait été anesthésié, n'a pu être encagé. Il a tenté de s'"évader", risquant de se noyer ou de menacer des humains. Dans ces conditions, la police a été obligée de l'intercepter, et l'a tué.
La venue d'ours en provenance du Groenland était, jusqu'à présent, assez rare (cinq cents environ en un peu plus de mille ans), et l'arrivée de deux plantigrades, à des dates aussi rapprochées, a pris les responsables par surprise.
Il appartient donc aux scientifiques de déterminer si une évolution du phénomène est en cours. Le réchauffement climatique pourrait, d'après certains, intensifier la fonte de la banquise, donc la dérive et l'errance des ours y stationnant et y chassant les phoques.
Des mesures sont prises ou en préparation pour renforcer la surveillance de la zone entre Groenland et Islande, lorsque la banquise fond, y repérer les ours en danger et leur porter secours si possible. La Ministre de l'Environnement a précisé les orientations sur ces divers points et un "groupe d'intervention ours polaires", associant les diverses administrations concernées, a été créé pour leur mise en ?uvre.
POLITIQUE INTÉRIEURE
Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des multiples " péripéties " et " mini-crises " qui ponctuent la vie des partis islandais et les " jeux " de la démocratie parlementaire : on ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime politique, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.
Les " non-initiés " et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes ou personnelles trouveront à l’occasion notre rubrique longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir " en diagonale " sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables " scories ", de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.
* Discours du Premier ministre pour la Fête Nationale (17 juin)
À l'occasion de la Fête Nationale (17 juin), le Premier ministre Geir Harde a prononcé, comme il est d'usage, une adresse pour ses compatriotes. Après l'hommage de rigueur rendu au père spirituel de l'Indépendance, Jon Sigurdsson, le chef du gouvernement a brièvement commenté l'actualité politique, économique et sociale. Il a, en particulier, évoqué le "premier anniversaire" du gouvernement de coalition, qu'il dirige, et s'est félicité des résultats obtenus au cours des derniers mois. Il a mis l'accent sur les difficultés rencontrées en raison de l'apparition, l'été 2007, de la crise financière internationale initiée aux Etats-Unis, et qui a eu ses répercussions négatives en Islande, comme ailleurs. Geir a également rappelé les effets pernicieux de la flambée des prix des produits pétroliers et alimentaires, ainsi que les fluctuations erratiques de la couronne.
Les "turbulences" enregistrées paraissent toutefois s'apaiser. Se voulant raisonnablement optimiste, le chef du gouvernement mise sur les sérieux atouts dont dispose son pays : bonne santé des finances publiques, solidité des fonds de pensions, résilience d'une économie à la fois flexible et dotée d'entrepreneurs dynamiques, confiance justifiée qu'inspirent à l'extérieur l'État, les grandes sociétés, et leur gestion, etc.
En outre, le matelas de devises étrangères dont dispose l'Île devrait pouvoir augmenter sensiblement, dans les mois à venir, des facilités d'emprunt s'offrant à la Banque Centrale comme au Trésor Public.
Il appartient aux citoyens de prendre une part active dans la lutte pour le retour à la stabilité : par exemple en réduisant dans la mesure du possible leur consommation énergétique. De même la modération salariale est plus que jamais recommandée en matière de politique des revenus : l'apparition d'une "spirale" inflationniste des salaires et des prix serait une catastrophe pour les ménages comme pour la collectivité.
Geir Haarde n'a pas manqué de souligner que, dans le passé, la nation avait triomphé de crises économiques tout aussi sévères -telle celle survenue en 1969-70 à la suite de grosses secousses ayant frappé le secteur des pêcheries. Les efforts de la nation tout entière furent nécessaires pour dégager une issue favorable.
C'est en évoquant le récent tremblement de terre ayant affecté le Sud de l'île et la solidarité nationale qui se manifesta à cette occasion que le Premier Ministre conclut une allocution appelant au nécessaire rassemblement de ses concitoyens face aux péripéties présentes.
* "Déclaration du Gouvernement" du 19 juin sur le marché immobilier et le financement du logement
Le 19 juin, une "Déclaration du Gouvernement", publiée sous la responsabilité du Premier Ministre, annonce une série de mesures destinées à venir en aide au marché immobilier et réorganisant le financement du logement.
Depuis quelque temps, le marché immobilier connaît en Islande un refroidissement inquiétant, et des prévisions pessimistes ont été publiées pour les semestres à venir ("Bulletin" d'avril 2008).
Le Gouvernement est conscient des dangers que recèle une telle évolution, dans le contexte du ralentissement général de l'économie nationale. Son aggravation pénaliserait non seulement les propriétaires et acquéreurs de logements, mais aussi menacerait à terme la stabilité financière du pays.
Aussi bien, a-t-il arrêté, en liaison avec la Banque Centrale, un train de mesures réorganisant en profondeur le financement du logement (en particulier, le rôle du Fonds d'aide au logement -dépendant de l'État- et ses rapports avec les banques). Sont également prévues des dispositions pour assister, si nécessaire, les propriétaires et emprunteurs connaissant de très grosses difficultés.
Ces décisions interviennent à un moment opportun pour le secteur bancaire. Ce dernier s'était, on le sait, lancé depuis quelques années dans une politique dynamique et agressive, voire imprudente, de prêts immobiliers à des taux affriolants. Depuis peu, les établissements de crédit enregistrent de la part de divers débiteurs -les plus modestes-, sinon des défauts de remboursements, du moins des difficultés sérieuses à tenir leurs engagements, dont, du fait de la remontée des taux d'intérêt, le poids s'alourdit sensiblement. Ces éventuelles défaillances ne peuvent que gêner les banques, par ailleurs confrontées à de sérieux problèmes de liquidité ("credit crunch", difficultés pour se refinancer à des conditions acceptables, risques liés aux emprunts étrangers). Pour ces diverses raisons, leurs activités de prêteur immobilier sont fortement perturbées.
Le nouveau dispositif mis en place le 19 juin vise à la fois à soulager les propriétaires en difficulté, et les établissements de crédit au logement menacés d'asphyxie. Il donne un rôle central à un organisme d'État, souvent critiqué mais envié pour l'abondance de ses ressources (bon marché), et qui est en cours de réorganisation : le Fonds d'aide au logement. Il devra travailler en étroite coopération (et non plus en rivalité, comme par le passé) avec le réseau bancaire pour faciliter et rationaliser le financement du logement, éviter l'effondrement du marché immobilier, et faire repartir au plus tôt les activités qui y sont liées (construction, etc.).
Après les Etats-Unis, l'Irlande, l'Espagne et quelques autres grands pays, l'Islande se devait d'agir efficacement sur ce front. La "Déclaration" du 19 juin le fait. Elle est dès lors bien accueillie dans l'ensemble des milieux économiques insulaires (patronat, syndicats, propriétaires, locataires) même si l'opposition politique fait la fine bouche et si les tenants d'un certain "libéralisme doctrinal" affectent de s'offenser devant le grand pouvoir de coordination attribué à un organisme public.
Le texte de la "Déclaration" est téléchargeable sur le site en anglais du gouvernement islandais : www.government.is).
* BAISSE DE LA POPULARITÉ DU GOUVERNEMENT
Selon des sondages publiés fin juin, le gouvernement de coalition, constitué en mai 2007, et qui avait pendant longtemps bénéficié dans l'opinion d'une cote de popularité exceptionnelle (80 % à ses débuts, encore près de 70 % en février), voit celle-ci s'effriter progressivement depuis quelques mois : 55 % en mai et environ 52 % en juin. Les raisons de cette désaffection relative sont évidentes. Les "turbulences économiques" qui frappent la nation, et plus particulièrement les hausses de prix pénalisant les ménages et menaçant leur pouvoir d'achat, la crise bancaire et les difficultés rencontrées par les entreprises concernant le crédit, le refroidissement et les perspectives pessimistes pour le marché immobilier, la crainte -enfin- d'une récession prochaine, sont autant de facteurs qui troublent le "moral du pays" et provoquent des réactions de scepticisme vis-à-vis de l'action gouvernementale. Rien de bien étonnant.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
* La nouvelle "Agence de défense de l'Islande" en activité depuis le 1er Juin
Comme il avait été convenu au lendemain du départ des forces armées américaines (septembre 2006), l'Althing -le Parlement islandais- a voté, récemment, sur proposition du gouvernement, une importante loi, relative à la sécurité et à la défense du pays : la "Defense Law". Celle-ci crée, sous la tutelle des "Affaires étrangères ", une "Agence de défense de l'Islande", institution civile chargée de veiller à la mise en ?uvre de toutes les mesures relatives à la défense du pays, qu'il s'agisse d'opérations proprement islandaises (l'Île continue à ne pas avoir d'armée propre, mais dispose d'un système radar) ou de collaborations avec des nations et organisations alliées ou amies.
La Ministre Ingibjörg Solrun a nommé le 19 mai Mme Ellisif Tinna Vidisdottir, Directeur de l'Agence, laquelle est entrée en activité le 1er juin.
Ellisif Tinna, une juriste et anthropologue de formation, est très expérimentée en matière de sécurité, ayant, les années précédentes, exercé d'importantes fonctions de responsabilité au sein de la Police nationale, spécialement dans la région de Keflavik et le Sudurnes, puis à la "Radar Agency". Elle a ainsi travaillé étroitement avec les forces alliées stationnant sur l'Île jusqu'en 2006 et leur encadrement, et les Ministères islandais concernés (Affaires étrangères, Justice et Intérieur, etc.).
L'Agence qu'elle dirige aura, parmi ses tâches principales : 1) la gestion et la maintenance du système islandais de défense aérienne (les radars et les infrastructures liées) et sa coordination avec le système de surveillance aérienne de l'OTAN ; 2) la préparation et l'accompagnement des exercices de surveillance aérienne réalisés en Islande avec le concours des alliés (Etats-Unis et diverses nations européennes ; 3) l'exécution, dans les conditions convenues entre les deux parties en 2006, de l'accord de défense islando-américain de 1951 ; 4) la participation, en tant que de besoin, aux Commissions et Agences de l'OTAN concernées par la défense de l'Islande, et les relations avec les autres instances internationales impliquées ; 5) plus généralement la mise en ?uvre des accords internationaux relatifs à cette défense.
* VOYAGE DU MINISTRE DE L'INDUSTRIE en COLOMBIE (1-3 JUIN)
Le Ministre de l'Industrie, Össur Skarphédinsson s'est rendu au début de juin en Colombie. Là se tenait une réunion de l'Organisation des États américains (OEA), à laquelle l'Islande était invitée comme "observateur",
Le Ministre a eu une longue réunion de travail avec de nombreux officiels (ministres des affaires étrangères, etc.) du continent.
Il a plaidé en faveur de la candidature islandaise au Conseil de Sécurité de l'ONU, où Reykjavik postule, pour les années 2009-2010, à un siège (tournant) de membre non permanent (voir "Bulletin" d'avril).
À l'appui de cette candidature, Össur a souligné les possibilités que son pays offrait au continent en matière de coopération énergétique, spécialement dans le domaine de la géothermie et des énergies renouvelables. Dans beaucoup de pays d'Amérique latine, entre autres, l'"expertise géothermique" islandaise est particulièrement recherchée. D'une manière plus générale, ont été explorées les voies d'une collaboration accrue entre l'Île et la zone couverte par l'OEA.
* CONFÉRENCE (Géostratégie, Affaires stratégiques) DU PROFESSEUR F. HEISBOURG SUR "L'ISLANDE ET SES ALLIÉS EUROPÉENS" À L'UNIVERSITÉ D'ISLANDE (12 JUIN)
Le 12 juin s'est tenue à l'Université, sous le patronage du Ministère islandais des Affaires étrangères, une conférence-débat d'un éminent expert français en géostratégie, le Professeur François Heisbourg.
L'intéressé, ancien consultant de haut-niveau du Ministère français des affaires étrangères, est actuellement Président de l'International Institute for Strategic Studies ("IISS") basé à Londres et assiste de nombreux organismes internationaux pour la géostratégie.
Dans son exposé, il a retracé l'évolution de la situation de l'Islande, au regard de sa défense, de sa sécurité et de ses alliances, depuis le retrait des forces américaines à l'automne 2006. Jusqu'alors, en raison de l'accord bilatéral avec Washington et de la présence permanente de ces forces sur le territoire islandais, les autres membres de l'OTAN n'accordaient qu'une importance marginale à l'Île. Depuis 21 mois, si les Etats-Unis restent le principal allié de Reykjavik, cette assistance s'inscrit clairement dans un cadre plus général, où l'ensemble de l'Alliance Atlantique - avec ses deux composantes nord-américaine et européenne- est impliquée. Comme le prouve la participation en cours de forces françaises à la surveillance aérienne (voir ci-dessus), les États européens de l'Alliance jouent un rôle croissant dans la sécurité insulaire.
Le Pr Heisbourg a par ailleurs remarqué que, en raison des nouvelles voies de communication s'ouvrant dans la zone arctique, de l'exploitation prévue de richesses considérables dans cette région et des compétitions entre États qui en résulteront, l'importance militaire de l'île va prendre un nouveau visage, et placera cette nation non pas à la périphérie du monde, mais au centre de quelques grands enjeux internationaux.
* COLLOQUE INTERNATIONAL SUR LES "MICRO-ÉTATS, UN POUVOIR ÉMERGEANT ?" À L'UNIVERSITÉ D'ISLANDE (16 JUIN)
Le 16 juin s'est tenu à l'Université d'Islande un colloque international sur le thème "Small States- Emerging Power ? ". La Ministre des affaires étrangères, Ingibjörg Solrun Gisladottir, a prononcé l'allocution de clôture, que l'on peut télécharger sur le Site Internet du Ministère en anglais (www.mfa.is).
L'Université abrite depuis quelques années -on le sait- un centre de recherche sur les "micro-États", qui a publié d'importants travaux.
Le thème du rôle international de ces pays connaît présentement un regain d'actualité en Islande. Celle-ci a, en effet, posé sa candidature -cf.supra- au Conseil de Sécurité, pour les années 2009-2010, pour un siège (tournant) de membre non permanent (voir "Bulletin" d'avril). À cette occasion, ses dirigeants s'attachent à prouver qu'une telle charge peut parfaitement être exercée par un "petit État". Et même que la communauté internationale -outre les micro-États eux-mêmes- y trouvera des avantages spécifiques, en particulier dans la recherche de solutions pacifiques aux conflits, la promotion du développement durable, la défense des identités et cultures nationales menacées, la lutte contre l'uniformisation de la planète, etc. Sur tous ces terrains, les États en question ont souvent des "atouts" et une expérience qui leur sont propres et dont ils peuvent faire bénéficier le reste du monde.
L'allocution de la Ministre islandaise au Colloque du 16 juin a spécialement développé cette problématique, l'intégrant à un plaidoyer en faveur de la candidature de Reykjavik.
* RÉUNION DES PREMIERS MINISTRES NORDIQUES EN SUÈDE (16 JUIN)
Le 16 juin, les Premiers Ministres des cinq États nordiques ont tenu en Suède leur réunion annuelle d'été.
Au menu de cette rencontre : la candidature de l'Islande au Conseil de Sécurité de l'ONU, qui est présentée et parrainée par les cinq États ; la collaboration avec les États baltes ; la participation accrue des pays nordiques aux opérations internationales de maintien de la paix ; la lutte contre les effets du changement climatique ; l'évolution de l'Union Européenne après le refus irlandais de ratifier le traité de Lisbonne.
* VISITE DE LA MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES À DAMAS (25 JUIN)
Le 25 juin, Mme Ingibjörg Solrun Gisladottir s'est rendue à Damas, où elle a des entretiens approfondis avec diverses personnalités syriennes, dont son homologue et le Président de la République Bachar Al-Assad. La ministre, qui depuis l'été 2007 a visité à plusieurs reprises le Moyen-Orient, et entend contribuer de manière active à l'établissement d'une pays durable dans la région, a spécialement évoqué avec ses interlocuteurs l'évolution des relations entre l'Iran et l'Irak et du conflit israélo-palestinien ainsi que les récents contacts entre Israël et la Syrie.
ÉCONOMIE
* PRÉVISIONS À COURT TERME DE L'OCDE (2008 ET 2009)
Le 4 juin, l'OCDE a publié ses "Perspectives économiques" semestrielles, dans lesquelles elle examine l'évolution récente de la conjoncture dans les 30 États membres (attachés à l'économie de marché et généralement opulents) et livre les prévisions de ses experts pour l'année en cours (2008) et celle à venir (2009).
Dans le chapitre relatif à l'Islande, l'Organisation constate que : 1) la croissance du PIB, qui avait enregistré des taux de 7,5 % en 2005, 4,4 % en 2006 et 3,8 % en 2009, connaît présentement un ralentissement sensible : elle ne dépasserait pas 0,4 % en 2008 et ferait place à une légère régression (moins 0,4 %) en 2009. Aux causes "intérieures" (achèvement des grands projets) se sont ajoutés les effets de la crise financière internationale ; 2) la consommation des ménages, florissante en 2005 (+ 13 %) et soutenue en 2006 et 2007 (4,4 % et 4,2 %), chuterait légèrement en 2008 (moins 0,9 %) pour rebondir en 2009 : + 4 % ; 3) le chômage, tombé à 2,6, 2,9 et 2,3 % en 2005, 2006 et 2007, se gonflerait à 3,4 % en 2008 et 5,7 % en 2007 ; 4) suite, notamment, à la dépréciation de la "couronne" islandaise, l'inflation culminerait aux environs de 10 % en 2008, pour descendre à 6 % l'année suivante ; 5) le déficit de la balance courante, très élevé (25 % du PIB) en 2006, et substantiel en 2007 (15,7 %), reculerait en 2008 (13,3 %) et plus encore en 2009 (8,6 %).
Face à ces perspectives maussades, les experts de l'OCDE donnent aux autorités gouvernementales et monétaires de Reykjavik quelques conseils : 1) le maintien d'une politique monétaire restrictive, telle que la pratique la Banque Centrale : il faut éviter que la dépréciation récente de la couronne provoque une accélération de la hausse des prix ; 2) l'accroissement significatif des réserves du pays en devises étrangères : les accords passés à cet effet en mai ("Bulletin" de mai) avec les Banques Centrales nordiques sont un premier pas, de bonne augure. Il convient de continuer sur cette voie (vu les incertitudes monétaires internationales) ; 3) une supervision aussi vigilante que possible du système bancaire.
Les recommandations en question ne peuvent que conforter dans leur combat contre les turbulences les responsables islandais, qui s'en inspirent déjà?
Réagissant à cette publication, le Chef du gouvernement islandais, le Conservateur Geir Haarde, s'il admet qu'un certain tassement est indéniable, se veut optimiste à plus long terme. Il faut, après la surchauffe, donner à l'économie insulaire le temps de reprendre son souffle.
Le Ministre du Commerce, un social-démocrate convaincu, trouve les experts de l'OCDE trop pessimistes et fait confiance à l'initiative gouvernementale pour remettre la croissance sur les rails le moment venu.
* Vers une réduction des quotas de pêche ?
L’Institut de recherches marines a, au début de juin, proposé au Ministre des Pêcheries une réduction des « totaux admissibles de capture » (TAC), donc des quotas de pêche, pour la campagne 2008-2009, pour plusieurs espèces particulièrement importantes (cabillaud, églefin, lieu noir, sébaste, etc.).
En ce qui concerne le cabillaud, l'Institut recommande que le TAC passe de 130 000 t. à 124 000 t., chiffre contesté par bien des professionnels. Mais surtout des réductions significatives sont proposées pour l'églefin (de 100 000 à 83 000 tonnes) ; le lieu noir (de 75 000 à 50 000 tonnes) ; le sébaste (de 57 000 à 40 000 tonnes) ; le flétan noir, et diverses autres espèces, tels que le "hareng norvégien", le "hareng islandais", etc.
Prochainement, la décision sera prise par le Ministre, le Conservateur Einar K. Gudfinsson, -élu des fjords de l'Ouest-, un politique "pondéré" et bon connaisseur du problème. Nombre de professionnels du secteur se sont émus des réductions recommandées par l'Institut en matière de TAC. Leur mise en ?uvre provoquerait une chute significative de la valeur des exportations de produits de la mer. Estimées en 2007 à 127 milliards de couronnes, elles seraient, selon les pessimistes, "amputées" de quelque 15 milliards. D'où une perte substantielle de revenus pour la branche, déjà lourdement frappée en 2007, où le quota de cabillaud avait régressé de 193 000 à 130 000 tonnes (voir "Bulletin" de juillet 2007).
NDLR : Les décisions annoncées le 1er juillet par Einar K. Gudfinsson (voir prochain "Bulletin") témoigneront d'une volonté de compromis entre les demandes des scientifiques et les souhaits de la profession. Elles n'en provoqueront pas moins chez celle-ci quelques déceptions.
* Persistance des tensions inflationnistes
Selon l'Office des Statistiques et le Ministère des Finances, la hausse des prix s'est poursuivie en juin 2008, où elle a égalé 0,9 % (contre 1,4 % en mai). Par rapport à juin 2008, elle s'établit à 12,7 %, rythme annuel le plus élevé depuis août 1990. Les trois derniers mois cumulés se situent à 6 %.
Deux facteurs ont joué principalement, qui expliquent cette mauvaise performance : la progression ininterrompue des cours du baril de brut, ainsi que les accès de faiblesse répétés de la couronne. On continue à s'interroger sur les raisons d'une telle faiblesse, d'aucuns n'hésitant pas à incriminer de possibles "man?uvres spéculatives" des banques, étrangères ou/et islandaises. Le débat reste ouvert.
Les autorités politiques (Gouvernement, Premier Ministre, Ministre des Finances, etc.) et monétaires (Banque Centrale) n'en restent pas moins d'un optimisme prudent quant à l'avenir. La décrue devrait normalement -sauf tensions extrêmes sur le cours du brut et les marchés mondiaux- s'amorcer, la demande globale ralentissant et le marché immobilier se refroidissant dans l'Île.
* "PREMIÈRE PIERRE" DE L'USINE D'ALUMINIUM DE HELGUVIK (7 JUIN) ET PROJETS INDUSTRIELS
Le 7 juin, en présence de deux membres du gouvernement (le ministre Conservateur des Finances et son collègue social-démocrate du Commerce, tous deux élus de la région) et des autorités locales, les "premières pierres" (en fait des "coups de pioche" symboliques sur le lieu où sera bâtie l'unité) de la fonderie d'aluminium de Helguvik ont été posées.
Comme on le sait (voir "Bulletin" d'avril 2008), la société Nordural entend construire, en plusieurs étapes, une importante unité (capacité de production prévue : 250 000 tonnes annuelles) dans cette zone, située dans le Sud-Ouest de l'Île, et sérieusement touchée par le sous-emploi depuis le départ des Américains de Keflavik.
La première tranche de travaux (capacité de 150 000 tonnes) pourrait être achevée courant 2010.
Les autorisations administratives réglementaires ne sont pas encore données (licence du Ministère de l'Industrie, et permis pour l'émission de gaz à effet de serre, etc.), mais les Commissions compétentes ont jusqu'ici approuvé les aménagements prévus par les investisseurs. Le respect des contraintes environnementales, notamment, s'avèrerait satisfaisant.
Selon ses partisans, le projet aurait en outre l'avantage de "relancer" l'économie nationale, qui, depuis quelques mois, connaît un ralentissement assez net, appelé à s'aggraver en 2009.
Le projet en question se heurte néanmoins à l'opposition d'un certain nombre de défenseurs de l'environnement, et des manifestations limitées se sont déroulées le 7 juin. D'une manière générale, -un sondage récent le montre-, l'opinion est divisée, tant dans la capitale que dans le reste du pays, sur l'opportunité de nouvelles unités d'aluminium, et il semblerait qu'une majorité d'Islandais soit actuellement réticente devant une telle perspective, mais la crainte d'une récession et du chômage peut, plus ou moins vite, renverser la tendance.
On notera, par ailleurs, que d'autres projets concernant l'aluminium sont envisagés par des investisseurs étrangers. Parmi eux on mentionnera l'extension de l'usine Alcan de Straumsvik (à l'ouest de la capitale, près de Hafnarfjördur), et l'édification par la multinationale Alcoa d'une unité de 250 000 tonnes -au minimum- à Bakki près de Husavik (Nord de l'île). Ce dernier projet aurait, dit-on, les faveurs du Ministre social démocrate de l'Industrie, Össur Skarphédinsson (et de nombre de ses amis) dans la mesure où on ferait appel à l'énergie géothermique pour tout ou partie de la production, limitant ainsi le recours à la construction de barrages et de centrales hydro-electriques, souvent dénoncée par les écologistes.
De nombreuses incertitudes pèsent sur la réalisation de ces affaires. Tout d'abord, si le "calendrier" envisagé pour l'unité d'Helguvik paraît assez réaliste, le degré de "maturité" des autres investissements -comme le projet Alcoa de Husavik- serait moins avancé, et par conséquent leur mise en ?uvre pourrait demander plus de temps et être remise à une date plus lointaine?
En outre, les Pouvoirs Publics devront, avant de procéder à des arbitrages en liaison avec les industriels, et de donner des "feux verts", considérer l'évolution prévisible de la conjoncture économique dans les prochaines années, et "naviguer" entre deux écueils -la surchauffe et la récession-. La situation de l'économie et de l'emploi est susceptible d'influer beaucoup sur les décisions du Gouvernement en matière industrielle.
Il restera enfin à trouver, au sein du gouvernement de coalition, un compromis acceptable entre les positions des ministres spécialement sensibles à la protection de l'environnement -telle la ministre en charge de ce Département, qui a récemment renouvelé ses réticences à l'encontre des fonderies d'aluminium- et celles de leurs collègues plus attentifs aux considérations de nature économique : lutte contre une éventuelle récession et un accroissement du chômage, augmentation des exportations et amélioration des balances commerciale et courante, etc.




