L´ACTUALITÉ ISLANDAISE EN MARS 2008
Yfirlit
ENVIRONNEMENT
La chasse à la baleine revient sur le tapis
Les partisans de la chasse commerciale à la baleine, faisant état des difficultés rencontrées par le secteur des pêcheries (réduction massive des prises de cabillaud), viennent, comme en août 2007, de poser la question d'une relance et d'un accroissement de la chasse commerciale à la baleine (voir Bulletin d'août 2007). Le Ministre reste prudent. La question est toujours celui des débouchés possibles pour la viande de baleine.
POLITIQUE INTÉRIEURE
Les Sociaux-démocrates et le Parti de l'Indépendance continuent leur bonne coopération au sein de la coalition gouvernementale
Associés depuis mai 2007 au sein d'une coalition gouvernementale bipartite, les Sociaux-Démocrates de l'"Alliance" (gauche modérée) et les Conservateurs du Parti de l'Indépendance ont poursuivi une collaboration harmonieuse, dans le respect de leurs différences. Ce climat favorable ressort bien des récentes déclarations de leurs chefs, le Premier ministre (PI) Geir Haarde, et la ministre des affaires étrangères Ingibjörg Solrun Gisladottir ("Alliance"). Alors que le pays traversait des "turbulences "sérieuses sur le plan bancaire et boursier (voir ci-dessous, rubrique "Économie), ces deux dirigeants ont fait preuve d'une solidarité complète quant à la ligne suivie dans le présent.
Pour l'avenir, on note toutefois des nuances significatives sur les remèdes à apporter. Pour l'"Alliance ", le lancement de nouveaux projets industriels, jugé indispensable par nombre de Conservateurs pour éviter que l'actuel ralentissement conjoncturel débouche sur une récession, est à manier avec les plus grandes précautions. Outre les risques pour l'environnement, il est susceptible, dans la conjoncture présente, de stimuler les tensions inflationnistes et de contrecarrer les actions de la Banque Centrale dans ce domaine.
Par ailleurs, pour Mme Ingibjörg Solrun Gisladottir, la devise nationale, la "couronne", petite monnaie attaquée par les spéculateurs, n'est pas en mesure, dans le contexte de la globalisation, d'affronter les tempêtes qui la menacent et, tôt ou tard, le passage à l'euro, c'est-à-dire la participation de l'île à l'Union européenne, devra faire l'objet d'un examen très attentif. Sur ce point, les Conservateurs restent, dans leur majorité, très réticents.
POLITIQUE EXTÉRIEURE
L'ISLANDE, L'UNION EUROPÉENNE ET L'EURO
Mars a vu se poursuivre les discussions qui opposent partisans et adversaires du rattachement de l'Islande à la zone euro, donc d'éventuelles négociations d'adhésion à l'UE.
Le Premier ministre Geir Haarde avait fin février, après ses entretiens à Bruxelles (voir "Bulletin" de février 2008), rappelé que son gouvernement n'envisageait pas d'adopter l'euro, ce qui, en tout état de cause, impliquerait une adhésion à l'Union européenne. Celle-ci ne figure pas dans le programme du gouvernement, établi en Mai 2007.
Ses propos semblent approuvés par la majorité des Conservateurs, même si des nuances se font de plus en plus jour au sein du Parti.
En revanche, ils suscitent des questions, voire des réserves chez certains de ses alliés sociaux-démocrates : le Ministre du Commerce Björgvin G Sigurdsson a à nouveau plaidé l'opportunité d'une adhésion tant à l'UE qu'à la zone euro.
Du côté des groupes socio-professionnels, les syndicats de travailleurs restent prudents. Quant au monde patronal, il est divisé. Tout ce qui se rattache au secteur des pêcheries demeure réticent. Il en va autrement pour le secteur de l'industrie.
L'Islande reconnaît le Kosovo
Le gouvernement islandais a formellement reconnu l'indépendance du Kosovo, le 5 mars.
À cette occasion, il a exprimé le v?u que le nouvel État respecte les droits des minorités (serbes) et se comporte comme une " démocratie multiethnique".
On sait que, dans le cadre de l'OTAN, Reykjavik a participé depuis plus de 10 ans aux efforts internationaux de maintien de la paix au Kosovo. Par ailleurs il a aidé, dans la mesure de ses moyens, à la "reconstruction" de ce pays (assistance technique à l'aéroport de Pristina, etc.).
L'ISLANDE, INQUIÈTE DE LA SITUATION À GAZA
Au début de mars, aussi bien le Premier Ministre que la ministre des Affaires étrangères ont fait par de leurs inquiétudes sur la détérioration de la situation et appelé Israël, "un vieux pays ami", à plus de retenue.
VISITE OFFICIELLE au DANEMARK de la MINISTRE des AFFAIRES ÉTRANGÈRES
Les 11 et 12 mars, la ministre des Affaires étrangères, Ingibjörg Solrun Gisladottir, a effectué une visite officielle au Danemark. Elle a eu des entretiens approfondis avec les dirigeants politiques et les responsables économiques de ce pays. Au menu : les grands problèmes internationaux (Proche-Orient, Afghanistan, Kosovo, le prochain "Sommet" de l'OTAN à Bucarest, la lutte contre le réchauffement climatique, etc.), les relations des pays nordiques avec l'Union européenne (dont 3 sont membres), la candidature islandaise au Conseil de Sécurité de l'ONU, etc.
La ministre a par ailleurs donné à Copenhague une importante conférence sur les atouts et les perspectives de l'économie islandaise. Comme tous les ministres en déplacement à l'étranger, elle s'est attachée à donner aux experts, aux hommes d'affaires tout comme au grand public, souvent mal informés, un tableau objectif d'une situation solide, mais sur laquelle contrevérités et pessimisme excessif se répandent parfois, faussant l'appréciation des opinions étrangères. On sait qu'au Danemark, les investissements islandais, qui représentent seulement 2 % des investissements étrangers, ont fait l'objet de discussions passionnées dans certains médias (une "invasion de capitalistes vikings"), sans rapport avec la réalité.
NDLR : Dans le même esprit, le Premier ministre Geir Harde a, le 13 mars, présenté l'économie islandaise à de nombreux auditeurs (journalistes, économistes, hommes d'affaires) venus l'entendre à New York, à l'occasion de la réunion annuelle de la Chambre de Commerce américano-islandaise (voir annexe).
VISITE OFFICIELLE AU MEXIQUE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ISLANDAISE
Les 11, 12 et 13 mars, le Président de la République Olafur Ragnar Grimsson (dont les attributions sont presque exclusivement "cérémonielles : "un roi sans couronne" à l'image des monarques nordiques de Suède, Norvège et Danemark) a effectué une visite officielle au Mexique, accompagné d'universitaires et d'hommes d'affaires. Il a signé des accords de diverses sortes (culturels, scientifiques, universitaires, fiscaux, etc) entre les deux pays, et encouragé une coopération bilatérale intensive dans le domaine de la géothermie. Il s'est fait, enfin, l'avocat de la candidature islandaise au Conseil de Sécurité de l'ONU (où "les petites nations doivent faire entendre leur voix", conformément à la doctrine traditionnelle de Reykjavik) et s'est félicité de l'appui donné par Mexico à cette candidature.
VISITE DU PRÉSIDENT DE LA BANQUE MONDIALE EN ISLANDE
Le 13 mars, M. Robert B. Zoellick, Président de la Banque Mondiale, s'est rendu en Islande, à l'occasion d'une réunion avec les ministres représentant les zones nordique et baltique dans les instances dirigeantes de la Banque. Il a eu par ailleurs des entretiens approfondis avec la ministre islandaise des Affaires étrangères, Mme Ingibjörg Solrun Gisladottir.
Lors d'une conférence de presse commune, les deux interlocuteurs ont constaté que l'Île pouvait, dans les années à venir, jouer un rôle significatif en faveur des pays en développement. D'abord, dans la lutte contre la faim et la malnutrition. Grâce à sa maîtrise de la gestion des pêcheries, l'Islande apporte à nombre de régions pauvres un outil leur permettant de développer l'exploitation de leurs ressources en poisson, dans une optique de développement durable. Elle fournit également une arme inappréciable dans le combat contre le changement climatique et contre l'émission des gaz à effet de serre : son expertise en matière d'énergie géothermique, objet d'une coopération prometteuse (ou à venir) avec beaucoup d'États défavorisés de la planète.
VISITE OFFICIELLE EN AFGHANISTAN DE LA MINISTRE des Affaires étrangères
Du 17 au 19 mars, la ministre des Affaires étrangères, Ingibjörg Solrun Gisladottir, a effectué une visite officielle en Afghanistan, et y a rencontré le Président Hamid Karzai. Elle a souligné que son pays continuerait à apporter son soutien au gouvernement de Kaboul, dans le cadre des opérations de maintien de la paix qu'y coordonne l'OTAN. Un renforcement de la participation islandaise (sous forme d'assistance à la formation des forces afghanes de police et de sécurité) est en cours.
Participation de la France à la surveillance aérienne de l'Islande
Notre numéro de novembre 2007 avait signalé que la France, dans le cadre de l'OTAN, participerait à la surveillance aérienne de l'Islande.
Selon les informations que nous avons recueillies, cette participation revêtirait l'envoi entre le 5 mai et le 20 juin de 4 Mirage 2000 (les personnels français avoisinant au total la centaine).
ÉCONOMIE
Le PIB islandais en 2007 : un résultat "honorable"
Selon un communiqué de l'Office des statistiques en date du 13 mars, la croissance du PIB islandais (qui atteint 1 279 milliards de couronnes) s'est établie en 2007 à 3,8 % contre 4,4 % l'année précédente.
La progression enregistrée a été essentiellement due à la montée des exportations : + 18 % (en comprenant les "matériels de transport aérien"), beaucoup plus qu'à la consommation des ménages, en progrès de 4,4 % seulement. La même année 2007, les investissements ont enregistré un recul de 14,8 %, ce qui est normal vu l'achèvement des grands projets industriels.
Les progrès du PIB par personne en Islande depuis 1980 : de grosses avancées
La lettre hebdomadaire du Ministère des Finances en date du 27 mars (www.eng.fjarmalaraduneyti.is) le souligne : depuis 1980, le PIB islandais par personne, qui constitue une bonne mesure du niveau de vie des habitants, s'est substantiellement amélioré.
Le PIB global du pays, entre 1980 et 2007, s'est accru de 125 %, alors que la population augmentait d'environ 1/3 (de 228 611 habitants à 311 296).
Cela prouve que le PIB par habitant a connu durant cette période une progression de quelque 65 %.
L'article en question détaille les évolutions enregistrées, tant pour le PIB que pour le PIB par habitant, pour chacune des périodes quinquennales entre 1980 et 2007. Les meilleures performances sont celles du quinquennat 1995-2000.
En ce qui concerne les deux dernières années -2006 et 2007- on note que le PIB global s'est gonflé de 4,1 %. La population ayant progressé de 2,6 % (recours à des travailleurs immigrés complétant un accroissement naturel honorable), le niveau de vie par tête n'a progressé que de 1,5 % par an.
Solidité des finances publiques islandaises en 2007
Les finances publiques de l'Islande ont été en bonne santé en 2007. L'Office des Statistiques vient de révéler que l'excédent des finances publiques (gouvernement central, collectivités territoriales, et sécurité sociale) s'est établi à 5,2 % du PIB (6,3 % en 2006 ; 4,9 % en 2005). L'essentiel de cet excellent résultat est le fait du gouvernement central, dont l'excédent a représenté 4,2 % du PIB. Signe d'une bonne gestion, pour les responsables islandais.
La solidité des banques islandaises, mise en question par les agences de notation internationales et certains traders ?
Les turbulences (marché des actions, etc) enregistrées dans l'Île à la suite de la "tempête" américaine, jointes à l'excessive ouverture des banques islandaises sur le monde extérieur, sont à la base d'échanges vifs entre experts et économistes sur la prétendue "vulnérabilité" de diverses banques et institutions financières (telle la Banque Kaupthing, la plus grande société islandaise) travaillant principalement avec l'étranger.
Sur ce point, le quotidien français "Le Monde" écrivait dans son édition du 18 mars, sous le titre : "L'Islande, victime du "credit crunch", et la signature de Georges Hay, l'article suivant :
Citation : " Cela devient une histoire classique de "credit crunch", c'est-à-dire de pénurie de crédit. Une entreprise utilise de la dette bon marché comme levier pour se développer de façon agressive et le plus vite possible. Puis le marché se retourne, et elle se retrouve elle-même en difficulté. Et voilà des traders, actifs sur les marchés dérivés, de parier que ce phénomène - jusqu'à présent circonscrit aux entreprises - pourrait concerner un pays tout entier.
Ainsi, pour certains, l'Islande?. semble avoir déjà franchi la première étape. Ses trois plus grandes banques, Kaupthing, Landsbanki et Glitnir, ont utilisé de la dette bon marché pour procéder à des acquisitions à l'étranger, à vingt reprises en 2007, pour un montant de 7 milliards d'euros.
Cela a certes favorisé la croissance de l'économie, mais le secteur bancaire local détient désormais des actifs représentant huit fois le produit intérieur brut de l'Islande. Des participations croisées étroites unissent par ailleurs les trois grandes banques aux entreprises islandaises.
L'agence de notation Moody's a d'abord abaissé la note des trois banques avant de le faire pour l'ensemble du pays. Le Premier ministre, Geir Haarde, et ces établissements bancaires ont engagé une bataille de communication contre ce qu'ils qualifient de défiance irrationnelle - Kaupthing a levé 1,1 milliard d'euros sous forme d'un placement privé avec des banques américaines et européennes le 4 mars.
Ils ont probablement raison : les trois banques paraissent solides. Elles respectent les ratios prudentiels, ont porté à 50 % la part des actifs étrangers et ne sont pas exposées aux subprimes.
Mais, même si les banques ne sont pas en défaut, c'est la malchance de l'Islande d'être aussi dépendante des marchés financiers actuels. Certains traders pensent que le moment est venu de lancer des attaques spéculatives. Aussi solide soit la performance de ses banques, l'Islande est exposée en raison de cet effet de levier, de l'enchevêtrement de participations croisées et de sa petite taille.
Ce n'est donc pas une surprise si Geir Haarde a demandé cette semaine aux établissements bancaires concernés de revoir à la baisse leur programme d'acquisitions". Fin de citation.
Persistance des tendances inflationnistes
Malgré les efforts de la Banque Centrale, les tensions inflationnistes persistent en Islande. Le rythme en mars en avoisinerait les 8 à 9 % annuels. C'est trop? .s'accordent à dire le gouvernement et les consommateurs.
Persistance de la crise boursière
Le marché des actions a poursuivi son mouvement de baisse en février et dans les deux premiers tiers de mars 2008, affectant spécialement les valeurs des sociétés financières et des banques, particulièrement atteintes sur l'ensemble des marchés internationaux.Depuis le 1er janvier, le recul a dépassé 20 %.
La situation est -on le voit- très semblable à celle qui sévit sur les places boursières américaines et européennes.
"Turbulences" sur la couronne. Pour défendre la devise nationale, la Banque Centrale réagit
Au cours du mois de mars, la monnaie nationale, victime de la spéculation, a été très "chahutée". Son cours a connu par moments de brusques et importantes fluctuations. Par exemple, le 17 mars, "lundi noir", il chutait de 7 %, pendant que l'euro s'appréciait d'autant. Un autre accès de fièvre l'a fait baisser de 4 % le 19 mars, etc.
Aussi bien, la Banque Centrale (site en anglais : www.sedlabanki.is) a -t-elle décidé de réagir vigoureusement face à ces turbulences. Pour défendre la couronne, qui atteignait son cours le plus bas depuis novembre 2001 et dont de nouvelles baisses compromettraient gravement la situation des ménages et des entreprises endettés, elle a, le 25 mars, choisi de relever fortement son taux d'intérêt directeur. Celui-ci passe de 13,75 % (chiffre fixé le 1er novembre 2007) à 15 %, ce qui constitue son niveau le plus élevé depuis de très nombreuses années.
L’Institut d’émission a par ailleurs donné d'autres justifications à sa décision. Comme elle le constatait, la situation sur le front de l'inflation demeurait préoccupante. Les tensions y persistaient. La consommation privée, et plus généralement la demande, ont continué à croître. Le marché du travail est resté sous pression. Une spirale inflationniste des prix et des salaires est à redouter, qui précipiterait la chute de la couronne.
Dans ces conditions, la Banque Centrale a estimé urgent de calmer le jeu, en agissant très énergiquement à la fois pour défendre la devise mais aussi pour mettre enfin l'inflation sous contrôle. Le Gouverneur de la Banque Centrale, l'ancien Premier Ministre David Oddsson, a longuement explicité ces choix, dans un exposé (téléchargeable en anglais sur le site) présenté le 28 mars lors de la réunion annuelle de la Banque.
Allocution du Premier Ministre Geir Haarde lors de la réunion annuelle de la Banque Centrale : résumé (voir le texte complet en anglais sur le Site Internet du gouvernement : www.government.is)
Le 28 mars, le Premier Ministre Geir Haarde a commenté les derniers développements de la conjoncture lors de la réunion annuelle de la Banque Centrale.
Le chef du gouvernement a, au départ, rappelé la crise financière et bancaire internationale, née aux Etats-Unis au milieu de l'année 2007 et ses conséquences très négatives sur les marchés internationaux.
Puis, il s'est attardé sur la situation présente de l'économie nationale, qui, après une croissance accélérée de plusieurs années ("surchauffe"), a enregistre un certain ralentissement. Geir a souligné les efforts mis en ?uvre, dans le cadre du budget 2008, pour éviter que le ralentissement débouche sur une récession. Le but recherché étant de retrouver les conditions d'une croissance non inflationniste et équilibrée. Aussi bien, les pouvoirs publics ont-ils récemment encouragé la conclusion d'accords salariaux "responsables" marqués du signe de la modération.
C'est dans ce contexte que, récemment, le cours de la devise nationale a chuté au-delà de ce qui était prévu et que la Banque Centrale a été amenée à intervenir d'urgence, le 25 mars, pour éviter une nouvelle dégradation de la couronne. Le Premier ministre a souhaité que les mesures adoptées (nouvelle hausse du taux d'intérêt, entre autres) atteignent leur objectif assez rapidement et que la devise se redresse.
Il a enfin rappelé quelques-uns des atouts dont dispose l'Islande dans son combat actuel : amélioration progressive des balances commerciale et courante ;
bonne santé des finances publiques, qui permettraient au Trésor d'intervenir en cas de périls graves menaçant des établissements financiers ; solidité d'un secteur bancaire et financier, qui allie dynamisme et gestion prudente, etc.
Pour l'avenir, une fois les turbulences calmées, Geir Haarde a émis le v?u qu'avec l'aide d'experts reconnus, les pouvoirs publics et la Banque Centrale réfléchissent sans à priori sur les meilleurs moyens de mettre en ?uvre en Islande une politique monétaire efficace et réaliste. Elle tiendrait compte de l'insertion du pays dans la globalisation et de l'accroissement continu des mouvements internationaux de capitaux.
SOCIÉTÉ
Vieillissement de la population islandaise d'ici 2050
La lettre hebdomadaire du Ministère des Finances en date du 6 mars (www.eng.fjarmalaraduneyti.is) nous rappelle que la proportion de personnes âgées de plus de 67 ans (et vivant de pensions et retraites) allait croître substantiellement d'ici 2050. Avec 32 000 personnes actuellement, elle constitue 10 % de la pyramide démographique. En 2050, les chiffres seront respectivement de 82 000 et 19 %.
L'espérance de vie, présentement de 82,8 ans pour les femmes et 78,9 pour les hommes, passera à 87,1 et 84,6 ans.
Il résultera de tout cela un alourdissement des dépenses de santé et des retraites versées par le secteur public (l'essentiel des ressources des intéressés provenant des fonds de pension)
Les naissances en 2007
Un communiqué de l’Office des Statistiques (www.statice.is) du 18 mars nous apprend qu’en 2007 4560 naissances (vivantes) ont été recensées. Le taux de fertilité des Islandaises s'est élevé à environ 2,1 (2,05 en 2005 et 2,07 en 2006). C’est le plus élevé en Europe.
La fertilité, qui avait culminé durant les années (19)60, autour de 4,3, est redescendue depuis lors et semble s’être stabilisée à partir des années (19)80 et 90, avoisinant 2.
Les autres pays nordiques enregistrent également des chiffres au-dessus de la moyenne européenne : de 1,83 au Danemark à 1,9 en Norvège. Le Royaume-Uni était en 2006 à 1,84. La "lanterne rouge" européenne est la Slovaquie, avec 1,24.
On a enregistré durant les dernières décennies une élévation de l’âge moyen des mères pour leur première naissance : 22 ans dans les années (19)70 ; 26 ans pour la période 2001-2005, 26,4 ans en 2006, 26,6 en 2007.
Le pourcentage des naissances en dehors du mariage (« légal ») est le plus élevé d’Europe : environ 2/3. La plupart des enfants sont nés de parents « co-habitants » ; seulement 14,4 % sont nés de femmes vivant sans le père.
MANIFESTATIONS FRANCOPHONES EN ISLANDE
Communiqué de l'Ambassade de France à Reykjavik :
"La Fête de la Francophonie, célébrée à Reykjavik, le 20 mars 2008.
L’Ambassade de France en Islande, l’Ambassade du Canada en Islande et l’Alliance Française sont heureuses de vous annoncer la célébration, à Reykjavik, de la Fête de la Francophonie. Depuis 1990, les francophones de tous les continents célèbrent, le 20 mars, la Journée Internationale de la Francophonie. Cette journée unit 200 millions de locuteurs de français et plus de 800 millions de personnes vivant dans les 68 Etats membres de l’Organisation Internationale de la Francophonie. À Reykjavik, nous vous proposons du 22 au 29 mars plusieurs manifestations : spectacles culturels et conférences sur la place du français dans le monde d’aujourd’hui. Islandais, Français et Franco-Canadiens ont ceci en commun qu’ils sont très attachés à leur langue. Que la Fête de la Francophonie à Reykjavik soit l’occasion de nous retrouver tous autour de cette valeur partagée".
ANNEXE BIBLIOGRAPHIQUE
ÉTUDE ÉCONOMIQUE DE L'OCDE SUR L'ISLANDE, édition 2008
L'OCDE a publié fin février 2008 son étude économique périodique sur l'Islande. Nous publions, ci-dessous, dans ses grandes lignes, le résumé (sous la plume de l'OCDE) de cette étude, que l'on peut se procurer auprès de l'Organisation (document payant).
Résumé :
À la suite de réformes structurelles d’envergure et de grands projets d’investissements directs étrangers, l’économie islandaise a connu plusieurs années de rapide expansion, qui se sont soldées par d’importants déséquilibres internes et externes. Tandis que la croissance a ralenti et que les déséquilibres se sont atténués, le processus d’ajustement a été inégal, l’évolution des salaires, l’amélioration des conditions financières et les mesures gouvernementales ranimant la demande et les pressions inflationnistes en 2007. L’économie fait preuve de flexibilité et de résilience mais demeure vulnérable aux variations de l’état d’esprit des investisseurs étrangers, comme en témoigne la récente instabilité du taux de change et des prix des actions. Le principal enjeu pour les pouvoirs publics, dans le court terme, consistera donc à rétablir la stabilité macroéconomique en ?uvrant sans relâche pour la résorption des déséquilibres.
Il faudra en outre s’employer à renforcer la capacité des politiques monétaire et budgétaire de réduire l’instabilité économique et d’éviter la résurgence de déséquilibres majeurs afin d’aider l’Islande à conserver un taux de croissance satisfaisant. À moyen terme, les pressions sur les dépenses s’intensifieront et les autorités devront s’attaquer principalement à la réforme du système de santé. Malgré une situation budgétaire globalement favorable, les soins de santé (financés essentiellement par l’État) représentent une source majeure de pressions sur les dépenses publiques. Les résultats en matière de santé sont excellents, mais le système est coûteux, et il est sans doute possible d’en améliorer l’efficacité par rapport au coût.
Les principales questions abordées dans la présente Étude sont les suivantes :
Rétablir rapidement l’équilibre économique
Faire comprendre très clairement que la Banque centrale n’hésitera pas à durcir encore les conditions monétaires si cela est nécessaire pour ancrer les anticipations inflationnistes au niveau de l’objectif officiel. Afin de promouvoir la crédibilité et l’efficacité de la politique monétaire, il serait souhaitable que les membres du gouvernement respectent l’indépendance de la Banque centrale en ce qui concerne l’élaboration de sa politique.
Tant que la demande restera excessive et que les pressions inflationnistes persisteront, éviter toutes mesures budgétaires expansionnistes. De même, dans la mesure du possible, mettre en route progressivement les nouveaux grands projets à forte intensité d’énergie, lesquels, en tout état de cause, ne doivent pas démarrer sans avoir fait l’objet d’une évaluation préalable des coûts et avantages (y compris de l’impact sur l’environnement), dans un cadre général et transparent.
Renforcer le cadre de la politique macroéconomique
Une fois l’inflation stabilisée, consolider le « processus de cadrage budgétaire » en adoptant des plafonds pluriannuels contraignants de dépenses nominales. Mettre en place des règles budgétaires similaires pour les collectivités locales, y compris des limites de dépenses. Cela renforcerait la contribution de la politique budgétaire à la stabilisation macroéconomique ainsi que l’adhésion de l’opinion publique à l’objectif d’inflation?
Réformer le Fonds public de financement du logement (FFL), qui non seulement fausse l’affectation des ressources mais aussi nuit à l’efficacité de la politique monétaire et contribue aux déséquilibres.
Améliorer l’efficacité du secteur de la santé par rapport à son coût
Faciliter la prestation de services privée, qui ne représente qu’un quart des services de santé financés par l’État, et ouvrir le secteur à la concurrence afin d’en améliorer l’efficience et d’élargir l’éventail de choix des patients. Envisager un recours accru au ticket modérateur pour éviter une surconsommation de services médicaux. Ces mesures atténueraient aussi les pressions sur les finances publiques.
Renforcer le rôle de l’État en tant qu’acheteur de services de santé, en fixant des plafonds de dépense publique, en accélérant l’analyse coût efficacité des principaux services et en mettant en place des systèmes de financement par activité.
Réduire encore le recours aux soins hospitaliers coûteux et en accroître l’efficacité, et prendre des mesures pour abaisser le coût élevé des produits pharmaceutiques en favorisant l’utilisation de médicaments génériques.
Annexe économique
RÉSUMÉ DE LA CONFÉRENCE DONNÉEPAR LE PREMIER MINISTRE GEIR HAARDE DEVANT LA CHAMBRE COMMERCE ISLANDO-AMÉRICAINE (le 13 mars 2008 à New York) sur le thème : L'ÉCONOMIE ISLANDAISE, UNE BELLE "SUCCESS STORY" :
1) Le Premier Ministre a rappelé, d'entrée de jeu, que son pays bénéficiait d'un des meilleurs niveaux de vie dans le monde. Par ailleurs -et les deux faits sont étroitement liés- les affaires y prospèrent dans un environnement très flexible et "résiliant", particulièrement favorable à la liberté de l'entreprise et à la recherche de la compétitivité.
Comme on le sait, les atouts et les récents succès de l'économie nationale sont reconnus très nettement par les grandes organisations internationales. Le Rapport de l'OCDE, publié en février, souligne entre autres que depuis le milieu de la décennie 1990, le PIB islandais par habitant a eu une croissance double de celle observée pour la moyenne des pays membres de l'Organisation et qu'en 2007 il s'établissait au cinquième rang mondial. Dans le même sens, l'Indice "Transparency International" place l'Île au premier rang des pays les moins atteints par la corruption, l'Indice IMD de la Compétitivité mondiale la met au septième rang en matière de compétitivité.
Récemment, elle a été classée "le pays où l'on vit le mieux au monde" par le palmarès mondial du PNUD ("Programme des Nations Unies pour le Développement"), avec le plus fort "Indicateur du Développement Humain" (IDH) de la planète (voir "Bulletin" de décembre 2007).
2) Pour le chef du gouvernement de Reykjavik, les causes de cette réussite sont variées. Il en privilégie quatre, qui, depuis une quinzaine d'années, ont été déterminantes :
- Entre 1991 et 1995, les gouvernants ont fait le choix de la participation à l'Espace Économique Européen. Cette dernière, outre qu'elle a débouché sur un accroissement considérable des flux (de biens, de services, de personnes et de capitaux) entre l'Île et le continent, a provoqué une modernisation et une libéralisation rapides du tissu économique, un rejet des réglementations obsolètes et de la bureaucratie.
- Le recours aux privatisations, outre ses conséquences positives pour le Trésor Public, a libéré les initiatives individuelles et enclenché un processus de croissance continu de l'activité économique.
- L'ouverture du pays sur l'extérieur a permis l'accueil d'investissements étrangers dans des secteurs vitaux (industries à haute intensité énergétique). Dans le même temps, les entreprises et capitaux islandais faisaient leur entrée sur les marchés européens et mondiaux et y réalisaient des profits substantiels, que la taille limitée du marché intérieur n'eut pas permis.
- La diminution progressive de la pression fiscale a bénéficié aussi bien aux particuliers (baisse spectaculaire de l'impôt sur le revenu entre 1995 et 2007) qu'aux entreprises (réduction encore plus spectaculaire de l'impôt sur les bénéfices passé de 50 % en 1991 à 18 % en 2001 et 15 % en 2008). Malgré ces baisses, les rentrées fiscales globales ont augmenté, en raison d'une activité économique dynamisée.
3) L'expansion continue et la croissance rapide du PIB n'ont pas été -a reconnu Geir Haarde- sans entraîner au cours des dernières années, des déséquilibres et "turbulences" affectant le tissu économique et social. Les plus notoires résident dans le déséquilibre important des comptes extérieurs. Le déficit de la balance courante atteignait plus de 25 % du PIB en 2006. De la même façon, la surchauffe et le plein emploi ont avivé les tensions inflationnistes, que la Banque Centrale a dû combattre en élevant très fortement ses taux d'intérêt.
Mais un examen approfondi de la situation permet d'entrevoir des perspectives encourageantes. Les déficits commercial et courant, dus, en bonne partie, aux importations d'équipements pour des grands projets industriels maintenant achevés, se résorbent d'autant plus que les usines édifiées génèrent des exportations en constant progrès. En 2008, le déficit courant devrait tomber à moins de 10 % du PIB pour avoisiner 7 % en 2009.
La surchauffe d'hier fait place à un refroidissement (PIB : +1 % en 2008, selon les estimations présentes) bienvenu. Les tensions inflationnistes régressent peu à peu, même si on tient compte du fait que la situation du marché immobilier les maintient encore à un niveau excessif.
La bonne santé des finances publiques reste d'actualité, et avec elle, la limitation exceptionnelle de la dette publique (à la fin 2008 la "dette nette" ne dépassera pas 6 % du PIB contre 40 % au milieu des années 90), le niveau très modéré de la pression fiscale, l'épanouissement des fonds de pension du secteur public.
Grâce à la situation favorable de l'ensemble des fonds de pension, l'avenir des retraités et pensionnés est assuré dans des conditions enviées par nombre de pays occidentaux.
4) Se penchant sur la situation du secteur financier islandais, M. Geir Haarde, constate qu'il correspond actuellement à quelque 10 % du PIB (contre 6 % en 2000), et souligne son remarquable dynamisme, qu'ont permis sa privatisation presque totale, l'esprit d'entreprise de ses dirigeants et l'environnement fiscal et réglementaire positif créé par les Pouvoirs Publics. De banques purement "nationales" dans le passé, les principaux établissements se sont transformés en entreprises vraiment internationales. Ce pas en avant, dont le Gouvernement se félicite, a permis une présence accrue du "label" Islande dans le monde.
Présentement, la crise financière, initiée aux Etats-Unis au milieu de 2007, a rendu l'accès au crédit plus difficile et plus coûteux pour la plupart des établissements bancaires. Les Islandais le savent, mais n'ont pas lieu de s'en alarmer outre mesure, compte tenu de la solidité de leurs banques. Gérées prudemment, elles sont considérées comme particulièrement saines, en premier lieu par l'Autorité (islandaise) de Surveillance Financière, dont les critères d'appréciation sont des plus rigoureux, et qui les évalue avec régularité à l'occasion de "tests" spécifiques.
Geir Haarde constate également que, à la différence de nombreux concurrents, ces établissements n'ont pas pris de risques inconsidérés avec des prêts hasardeux ou/et l'acquisition de titres "douteux".
Simplement, dans le climat actuel, elles sont victimes d'appréciations "rapides" et largement inexactes sur leur prétendue vulnérabilité. Mais rien n'est plus volatile que de telles appréciations, et Geir espère vivement que, lorsque le public sera mieux informé des données fondamentales, ces erreurs de jugement disparaîtront pour laisser place à une estimation objective de la (bonne) santé du secteur financier islandais.




