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L´ATUALITÉ ISLANDAISE EN MARS 2007

POLITIQUE INTÉRIEURE

Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des " péripéties " et " mini-crises " qui ponctuent la vie des partis islandais et les " jeux " de la démocratie parlementaire.
Les " non-initiés " et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes trouveront sans doute notre rubrique trop longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir " en diagonale " sans se perdre dans les méandres et rebondissements multiples.

CLÔTURE DE LA SESSION PARLEMENTAIRE

Le 18 mars a eu lieu, à moins de deux mois des prochaines élections parlementaires (12 mai), la clôture de la dernière session de la législature 2003-2007.  L’Assemblée était composée de 22 députés du Parti de l’Indépendance (centre droit), qui, associés aux 12 élus du Parti du Progrès (centre), constituaient la majorité gouvernementale.  L’opposition comprenait les 20 représentants de l’ « Alliance » (gauche modérée sociale-démocrate) et les 5 parlementaires de la « Gauche Verte » (extrême gauche assez composite).  Siégeaient également 4 membres du Parti Libéral (dissidents populistes du PI).

SONDAGES

Ils se suivent et se contredisent : * 1) Un sondage effectué au tout début de mars par l’Institut Capacent Gallup pour le quotidien Morgunbladid révèle que les partis associés au gouvernement (Parti de l’Indépendance -PI- et Parti du Progrès -PP-) continuent de perdre du terrain.  Ils ne recueillent plus que 43 % des intentions de vote.  Au sein de la majorité de centre-droit, le PI du Premier ministre Geir Haarde, poids lourd de la coalition bipartite, demeure solide avec 34,5 % (33,7 % aux élections législatives de 2003).  Son partenaire, le PP (centriste) ne réussit pas à décoller au-dessus de 8,5 % (contre plus de 18 % en 2003) et paraît mal parti pour les élections du 12 mai.  Dans l’opposition de gauche, avec 27,7 %, la « Gauche-verte » -extrême gauche, qui accorde dans son programme une grande importance à la protection de l’environnement-, améliore sa position.  Plus généralement, grâce au caractère direct et « carré » de son positionnement, elle l’emporte nettement sur sa rivale l’ « Alliance » -gauche modérée et sociale-démocrate-, gênée par un discours parfois empreint de « langue de bois » et d’équivoques (tel celui de sa présidente Ingibjörg Solrun Gisladottir) et créditée seulement de 21,7 %. Aux législatives de mai 2003, la première n’avait recueilli que 8,8 % des suffrages contre 31 % pour l’ « Alliance », qui bénéficiait alors du « vote utile ».  Le petit parti Libéral, conforté par ses déclarations sur les aspects négatifs de l’immigration en provenance des pays pauvres, serait peut-être l’arbitre -entre opposition de gauche et majorité sortante- de la situation, avec 6,4 % des suffrages (7,4 % en 2003). * 2) Vers le début avril, un nouveau sondage Gallup modifie nettement ces données. Il donne un léger avantage à la coalition au pouvoir : près de 41 % au PI (en nette remontée), et 8,1 % au PP. La « Gauche Verte » tombe à 21,1% (vu la concurrence du parti « Vert » de Omar Ragnarsson -cf infra- qui recueille un peu moins de 5 % mais n’a pas d’élus), l’ « Alliance » s’effritant autour de 19,5 %. Les Libéraux, avec 5,4 % (et 3 sièges), pourraient continuer à jouer les arbitres, la majorité sortante obtenant 31 (elle raterait alors la majorité) ou 32 (elle aurait la majorité de justesse) des sièges.
À suivre.

La coalition gouvernementale secouée par des manoeuvres qui font long feu

L’approche des élections et les dangers encourus, à l’occasion du scrutin, par le Parti du Progrès (cf. supra), ont entraîné une mini-tempête au sein de la coalition bi-partite PI-PP, au début de mars. Certains dignitaires du PP (dont la ministre de la Santé Siv Fridleifsdottir, qui lors du Congrès de l’été 2006 avait présenté sa candidature à la présidence de la formation, et été battue par Jon Sigurdsson, l’actuel ministre de l’Industrie) ont pensé échapper à un tel vote-sanction. Pour cela, ils ont songé à provoquer une crise ministérielle, laquelle aurait abouti à la rupture de la collaboration avec le Parti de l’Indépendance, et préludé à un « renversement d’alliances » (avec l’opposition ?).

La manoeuvre a fait long feu. Ella été déjouée par le Premier ministre Geir Haarde et le Président du PP, Jon Sigurdsson. Ceux-ci ont trouvé un terrain de compromis et une formulation conjointe sur un problème où ils risquaient de s’opposer : l’inclusion dans la Constitution d’un texte sur la reconnaissance des ressources naturelles comme « propriété commune » de la nation islandaise. Les diverses formations du Parlement s’étaient en effet engagées naguère à régler cette question avant la fin de l’actuelle session (1).

L’habileté et la souplesse des deux hommes ont finalement évité l’éclatement, pour des raisons électorales, et au dernier moment, d’une coalition qui dure depuis 12 ans et s‘enorgueillit d’un bilan économique et social plutôt positif.  Même si l’opposition en conteste les résultats dans plusieurs domaines : accroissement des inégalités, atteintes à l’environnement du fait de l’industrialisation, résurgence de l’inflation depuis un an, endettement des ménages.

Sauf incident de parcours de dernière minute, l’actuelle majorité devrait rester au pouvoir jusqu’au terme de la législature et aux élections législatives du 12 mai. Mais la campagne électorale va peut-être réserver des surprises. D’ici là, chaque formation joue sa partition presque en solitaire et cherche à tirer le mieux possible son épingle du jeu dans un combat où il faut maximiser son résultat aux dépens des autres compétiteurs. 

(1) NDLR : Finalement l’opposition et les partis du gouvernement ne s’étant pas mis d’accord sur un texte à voter, le débat a dû, faute de temps à la veille de la clôture de la session, être ajourné et ne sera repris qu’après les élections). 

Création d’un parti « vert à 100 % »

Le 22 mars a été fondé un nouveau parti, qui entend présenter des listes dans toutes les circonscriptions aux élections de mai. Se voulant « vert à 100 % » et dénommé « Islandshreyfingin –lifandi land »(« Le mouvement islandais.  Une terre vivante »), il a été créé à l’initiative de diverses personnalités « environnementalistes » de la société civile, et principalement du journaliste animateur de télévision Omar Ragnarsson (qui fait penser, par certains côtés, au Français Nicolas Hulot). Ce dernier avait mené depuis un an une campagne assez médiatisée sur les « atteintes à l’environnement » du barrage de Karahnjukar et s’est prononcé avec force contre le lancement de nouveaux projets industriels du type de ceux réalisés récemment dans l’Est de l’Île (aluminium, centrale hydro-électrique).

Il entend mettre ce thème en tête du programme qu’il va soumettre aux électeurs, mais pour le moment n’a pas fait connaître les autres chapitres de sa plate-forme, notamment dans les domaines économique et social et proprement politique. Le dilemme auquel sont confrontés de nos jours les Islandais n’est plus, selon lui, celui d’un choix entre la gauche et la droite, mais entre le « vert » et le « gris »

La défense de l’environnement semble pour beaucoup dans la montée récente de la « Gauche Verte » -GV-, qui se situe maintenant autour de 28 % des intentions de vote. La question est de savoir si Omar Ragnarsson et ses amis prendront l’essentiel de leurs voix dans l’électorat de la GV, ou s’ils attireront des citoyens de sensibilité environnementaliste, mais qui, ne souscrivant pas aux positions jugées par eux « trop à gauche » de cette dernière, lui refuseraient leurs suffrages et voteraient pour les autres formations traditionnelles ou s’abstiendraient en l’absence de listes spécifiquement Vertes.

Omar a annoncé que les élus éventuels de sa mouvance auraient pour mission essentielle de bloquer la formation, après le 12 mai, de toute coalition gouvernementale qui ne se prononcerait pas clairement pour un moratoire sur les projets industriels nuisibles à l’écologie.  Comme une coalition équivoque entre le PI, le PP et les Libéraux, si les dirigeants de ces partis y songeaient.

Margret Sverrisdottir, ancienne responsable administrative des Libéraux, récemment exclue de ce parti, assiste Omar dans son combat.

La popularité de Geir Haarde

1)  Le Premier Ministre est sans doute l’homme politique le plus populaire en Islande et l’on ne lui connaît guère d’ennemis (il excelle à trouver les compromis heureux, dans sa gestion de la politique gouvernementale).  Selon une enquête du début mars, environ la moitié de ses concitoyens souhaitent le voir reconduit dans sa fonction après les élections, soit un pourcentage sans doute supérieur à celui des Islandais qui voteront pour le Parti de l’Indépendance.  Près de 26 % lui préféreraient le chef de la « Gauche Verte », Steingrimur Sigfusson, un parlementaire chevronné, habile mais considéré comme fidèle à ses convictions premières.  L’ancienne Maire de Reykjavik, Ingibjörg Solrun Gisladottir, présidente des Sociaux-Démocrates (« Alliance »), a, ces dernières années, perdu beaucoup de son rayonnement passé.  Souvent jugée versatile et trop manoeuvrière, elle recueillerait moins de 19 % des suffrages dans cette compétition pour la direction du gouvernement.

2)  Ingibjörg Solrun réagit face à son « déclin » et aux sondages médiocres en pronostiquant des lendemains meilleurs pour l’ « Alliance » et pour elle-même.  Tout en n’excluant a priori aucune coalition pour l’après 12 mai, elle affiche sa préférence pour une alliance rassemblant l’ensemble de la gauche.  Mais, alors que la politique étrangère la sépare de longue date de l’extrême gauche, elle ne manque jamais de mentionner son attachement au resserrement des liens avec l’Union européenne. Comprenne qui voudra.

3) Geir, dans une interview donnée vers la mi-mars au quotidien « Morgunbladid », a envisagé les coalitions possibles qui pourraient sortir des élections.  Le chef du gouvernement, lui non plus, n’exclut à ce jour aucune possibilité a priori.  Ce sont les résultats du scrutin qui, évidemment, détermineront alors les positions et les marges de man?uvre des partis, et particulièrement celles du Parti de l’Indépendance.  Dans les semaines à venir, Geir Haarde se donne donc pour tâche de renforcer au maximum la « main » de sa formation de façon à en faire un partenaire « incontournable » pour les concurrents.

La poursuite de l’actuelle coalition, si les électeurs la souhaitent et la permettent, lui paraît la meilleure solution, dans la mesure où cette majorité a engrangé depuis 1995 des succès incontestables sur le plan économique et social, fruit d’une collaboration généralement harmonieuse entre ses composantes.  Toute autre formule supposerait au départ des négociations difficiles avec des partenaires jusqu’ici séparés du PI par des divergences sérieuses sur des questions essentielles.  Ainsi, mettre sur pied une coalition PI-« Gauche Verte », que certains politologues considèrent comme une hypothèse à envisager sérieusement en raison de quelques convergences en politique étrangère, se heurterait -il l’a souligné- à bien des obstacles.  Les points de désaccord entre les deux formations étant substantiels et variés, sur des thèmes fondamentaux. La constitution d’une majorité réunissant le PI et les Sociaux-Démocrates de l’ « Alliance » ne serait pas moins délicate, surtout si l’on admet que les Sociaux-Démocrates sont divisés en chapelles et clans rivaux.

Pour le Premier Ministre, le Parti de l’Indépendance doit conserver l’esprit ouvert et sans exclusive pour les lendemains du scrutin législatif (« pas d’a priori sur les partenaires éventuels »), mais, en attendant le verdict des électeurs, viser au rassemblement le plus large possible de tous ceux qui approuvent ses objectifs de progrès et de stabilité.

La préparation des élections législatives : Les thèmes chers aux électeurs

Selon un sondage Gallup de mars, les problèmes jugés les plus importants par les Islandais dans le cadre des élections à venir (12 mai) sont actuellement les transports, les problèmes du travail, l’aide aux personnes âgées et handicapées, et la protection de l’environnement. Dans l’importance relative et le classement de ces priorités, on note des différences appréciables en fonction du sexe, de l’âge et des préférences politiques des « sondés ».  Les hommes sont plus attentifs aux questions de transport que les femmes (38,5 % et 21, 2 %), elles-mêmes plus sensibles aux invalides et aux personnes âgées que les électeurs masculins (15,1 % et 6,6 %).  Les « environnementalistes » se recrutent préférentiellement parmi les jeunes et les sympathisants de la « Gauche Verte ».  L’électorat conservateur est nettement plus préoccupé par les transports et communications que ceux affichant d’autres sensibilités. C’est l’inverse pour les problèmes du travail.

Il semblerait par ailleurs que les pêcheries, les questions européennes et l’éducation mobilisent nettement moins l’électorat insulaire que les thèmes précités.

 

POLITIQUE EXTÉRIEURE

L’Islande et l’Union européenne : le rapport du Comité parlementaire

Le gouvernement islandais avait, en 2004, suscité la création d’un Comité parlementaire sur les relations avec l’Union européenne, qui, présidé par le Ministre de la Justice Björn Bjarnason, est composé de députés des divers groupes représentés à l’Althing. Cette commission avait pour tâche essentielle  de préparer un rapport concernant l’évolution récente des relations entre l’Île et l’Union européenne, et les possibilités qui s’offrent pour l’avenir.  Il devait analyser les avantages et inconvénients pour les Islandais des diverses solutions en présence.  Du maintien du statu quo (appartenance à l’Espace Économique européen) à la demande d’adhésion à l’Union et à la signature d’accords bilatéraux de coopération dans des domaines déterminés.

Le Comité vient de rendre publics les résultats de ses travaux. Nous reviendrons sur le contenu de ce rapport. Signalons simplement que le Comité a tenté de chiffrer ce que serait le coût pour l’Islande d’une adhésion à l’UE.

Les paiements nets en résultant sont évalués à un montant s’établissant entre 2,5 et 5 milliards de couronnes par an. Compte tenu du niveau de prospérité que connaît le pays (lequel justifie des paiements totaux « bruts » de 12,1 milliards de couronnes), il figurerait dans la catégorie de ceux qui « payent » proportionnellement beaucoup par tête d’habitant.  Mais d’autres facteurs viennent tempérer quelque peu les inconvénients de cette situation. En raison notamment de sa situation géographique, des rudesses de son climat, de l’extrême faiblesse de la densité et de la dispersion de sa population, la nation percevrait, en « retour », certaines aides et compensations liées à ces facteurs.  Elles viendraient largement réduire la somme nette restant à sa charge.

Par comparaison, le coût pour l’Islande de l’Espace Économique européen (vaste ensemble unissant depuis 1994 l’Islande, la Norvège et le Lichtenstein d’une part, l’UE de l’autre) ne dépasse pas 1 354 millions de couronnes. Le rapport du Comité, à ce propos, met l’accent sur les avantages substantiels retirés par Reykjavik de l’appartenance à l’EEE, la majorité de ses membres se prononçant pour son maintien.  S’agissant d’une éventuelle demande d’adhésion à l’UE, chacune des formations représentées a adopté une position différente, qu’elle a consignée dans une annexe au Rapport, diffusée séparément.  Mais, comme l’a rappelé son Président, le Ministre Björn Bjarnason, le Comité parlementaire n’avait pas pour objectif de mettre sur pied une position commune ou d’arriver à un consensus sur ce problème.

 

Un geste humanitaire : l’Islande accroît sa contribution à l’UNRWA

Le 8 mars, le Ministère islandais des affaires étrangères a annoncé que le pays allait doubler sa contribution à l’UNRWA et la porter à 0,2 million de dollars pour 2007.

L’UNRWA est l’Agence spécialisée des Nations Unies qui fournit diverses formes de secours (aide d’urgence, services sociaux et santé, éducation, etc.) aux (approximativement) 4,3 millions de réfugiés palestiniens vivant au Proche-Orient, à savoir dans la bande de Gaza, en Cisjordanie, en Jordanie, au Liban et en Syrie.

Ce geste humanitaire fait suite à la rencontre -à Reykjavik- entre Mme Valgerdur Sverrisdottir, ministre des Affaires étrangères et Mme Karen Koning Abuzayd, Commissaire-générale de l’UNRWA, qui ont eu des discussions approfondies notamment sur la situation des réfugiés en Israël...

Rappelons que l’UNRWA a été instituée par une résolution de l’Assemblée générale des Nations-Unies en date du 8 décembre 1949

 

L’Islande et l’Afghanistan

L’Ambassadeur Hjalmar Hannesson, Représentant permanent de l’Islande auprès des Nations Unies, a, le 20 mars, lors d’une réunion du Conseil de Sécurité consacrée à l’évolution récente de la situation en Afghanistan, présenté le point de vue de son gouvernement sur cette dernière.  On observera que le point de vue en question est analogue, pour l’essentiel, à celui exprimé par l’Union européenne.

Reykjavik reste fidèle à la ligne fixée il y a quelques années, et aux engagements pris dans le cadre de l’ONU et de l’OTAN. À un moment (hiver 2006-2007) où l’évolution sur le terrain devient préoccupante du fait de la dégradation de la sécurité et de la multiplication des activités des Talibans et des groupes extrémistes, les Islandais réaffirment leur soutien au gouvernement de Kaboul.  Ils entendent l’appuyer dans son action pour rétablir la sécurité, combattre la production et le trafic des stupéfiants et lutter efficacement contre la corruption.  Sont également au rang des priorités : le développement des infrastructures, la diversification des activités économiques (légales) et des recettes de l’État ; la participation à un effort accru d’aide internationale.

À cette occasion, l’Ambassadeur Hjalmar Hannesson a fait le point sur l’assistance multiforme que son pays apporte aux Afghans depuis un certain temps, particulièrement dans le cadre de l’OTAN et de l’ISAF (International Security Assistance Force). On trouvera les détails de cette aide, modeste en volume mais bien adaptée, sur le Site en anglais du Ministère islandais des affaires étrangères (www.mfa.is/).

 

ÉCONOMIE

BAISSE DE LA TVA SUR LES PRODUITS ALIMENTAIRES ET DIVERS SERVICES

Le gouvernement a décidé, s’appuyant sur une loi présentée et votée au Parlement en décembre 2006, de réduire sensiblement à compter du 1er mars la TVA, ainsi que divers autres droits, frappant les produits alimentaires et un certain nombre de services.  Pour les premiers, le taux qui était généralement de 14 % (parfois même de 24,5 %) sera réduit à 7 %.  Cette baisse s’appliquera, dans le même temps, aux services des restaurants, des cantines et autres cafétérias.  Les prestations hôtelières bénéficieront de la même mesure, ainsi que le secteur de la presse (journaux et magazines) et celui de l’édition musicale (les CD, les cassettes, à l’exception des DVD).

Le ministère des Finances attend de ces mesures fiscales une baisse sensible du coût de la vie -environ 8,7 % du prix des denrées alimentaires ; de 8,6 à 12,7 % pour les prestations du secteur de l’hôtellerie et de la restauration-, dont devraient bénéficier largement les ménages modestes.  Elles ont été rendues possibles, selon lui, par la bonne santé des finances publiques, résultat de la gestion prudente au cours des dernières années.  La lutte contre l’inflation, objectif prioritaire des autorités, sera de la sorte renforcée, à un moment où les tensions sur les prix semblent se relâcher.

La population se félicite de la décision en question, mais se veut vigilante face aux « dérives » possibles : accroissement des marges des intermédiaires, manipulations inopportunes des prix eux-mêmes, etc.

Ralentissement de la croissance économique en 2006 : le Produit Intérieur Brut s’essoufFle quelque peu

L’Office des Statistiques (site en anglais : www.statice.is), publie à la mi-mars ses chiffres préliminaires relatifs à la croissance économique de l’Islande au cours de 2006.  Alors que l’expansion avait dépassé 7,2 % en 2005, le ralentissement est net l’année suivante et l’augmentation du PIB s’établit seulement à 2,6 %. Cette décélération a plusieurs causes.  La consommation des ménages et la formation brute de capital fixe (investissement) progressent nettement moins qu’en 2005.  Par ailleurs les comptes extérieurs se détériorent sensiblement, la balance courante enregistrant un déficit record, équivalant à 303 milliards de couronnes, soit 26,5 % du PIB (contre 16 % en 2005). 

Le baromètre des entreprises

Plusieurs fois par an depuis septembre 2002, un sondage sur le " moral des entreprises " est effectué pour le compte du Ministère des Finances, de la Banque Centrale et du Patronat. La lettre d'informations du Ministère en date du 22 mars rend compte des principaux résultats de la dernière enquête, menée en février 2007.  68 % des 392 grandes entreprises consultées ont répondu.  La grande majorité des dirigeants consultés (80 %) considèrent comme favorable  -et s’étant améliorée récemment- la situation économique présente. 3 % seulement pensent qu’elle s’est détériorée.

L'« indice de confiance » s'établit à 193 points, soit au même niveau qu’en décembre 2006, et en hausse par rapport au niveau -173 points- de septembre 2006.

Si on interroge les entrepreneurs sur l'évolution pour les six mois à venir, on découvre un net optimisme.  Les « sondés » semblent plus réservés si on leur pose la question des perspectives sur douze mois.  Bien entendu, le « moral » varie selon les branches ; le commerce, la construction et la distribution de l’énergie manifestant une certaine confiance, à l’inverse des pêcheries, des transports et communications, et du tourisme. Par ailleurs ceux qui travaillent essentiellement pour le marché intérieur ont un meilleur moral que les entrepreneurs dépendant de l’exportation des biens et services.

POLITIQUE MONÉTAIRE :La Banque Centrale maintient ses taux d’intérêt inchangés. La lutte contre l’inflation continue

La Banque Centrale, le 29 mars, a décidé, de maintenir ses taux d’intérêt inchangés.  Le taux de base reste donc à 14, 25 %, comme il avait été fixé fin décembre 2006.  L’Institut d’émission a en effet constaté une accalmie sur le front de l’inflation, qu’il convient de mettre à profit en évitant toute fausse man?uvre.  De nombreuses incertitudes subsistant concernant l’évolution à venir des prix, la Banque tiendra, à la mi-mai, une nouvelle réunion sur le sujet.

Le 30 mars, lors de la réunion annuelle de la Banque Centrale -en présence notamment du Premier Ministre Geir Haarde- le Président des Gouverneurs de la Banque, l’ancien Premier Ministre David Oddsson, a commenté cette décision. Pour lui, la lutte contre l’inflation demeure un impératif national et elle passe nécessairement par la limitation du crédit, dont l’emballement avait atteint des niveaux déraisonnables (avec des risques d’insolvabilité grave pour divers débiteurs : ménages surendettés, etc.).  Sur ce terrain, des points ont été marqués, mais ne sont pas définitivement acquis.  Les perspectives sur le front des prix sont également encourageantes depuis quelques mois, mais la vigilance reste de mise, le rythme des hausses demeurant encore trop élevé.  D’où la politique prudente de la Banque, qui remplit la tâche qui lui est confiée par la loi, et joue avec le maximum de flexibilité et de finesse sa partition dans la définition de la politique économique nationale.

 

SOCIÉTÉ

DÉMOGRAPHIE

Dans une étude publiée le 2 mars par l’Office des Statistiques (site en anglais : www.statice.is), l’accroissement de la population en Islande au cours de l’année 2006 fait l’objet de commentaires précieux.  La croissance démographique enregistrée, tout d’abord, est une des plus fortes enregistrées au cours des cinquante dernières années.  Le peuplement du territoire s’établissait à 299 891 habitants le 31 décembre 2005 ; un an plus tard, il égalait 307 672 hommes et femmes, soit une hausse de 2,6 %.  Rappelons que sur l’ensemble du continent européen, la hausse a péniblement atteint 0,2 %, avec quelques pays seulement dépassant les 1 %.

Cela ramène les Islandais cinquante années en arrière.  La croissance démographique, après avoir progressé depuis 1945, avait atteint un « pic » en 1957, avec un rythme annuel de 2,6 %.  Elle a ensuite connu une baisse quasi-ininterrompue jusqu’aux « années quatre-vingt » où elle se situait au-dessous de 1 %.  Vers la fin du vingtième siècle, elle se stabilisera aux alentours de 0,9-1 %.

Mais en 2005 on enregistrera une croissance spectaculaire, le taux se hissant à 2,2 %. 2006 verra le phénomène s’amplifier avec le rythme-record de 2,6 %.

Ce n’est pas l’accroissement naturel qui explique ce phénomène ; mais l’ampleur des flux migratoires, plus particulièrement le substantiel afflux d’étrangers venant travailler dans l’Île, au cours des deux dernières années. Sur les 2,6 % de croissance de 2006, 1,7 % est dû à la venue de ces immigrants (immigration nette : 5 255 hommes et femmes), alors que 0,9 % traduit l’excèdent des naissances par rapport aux décès (environ 2 500 personnes).

LES ÉTRANGERS EN ISLANDE

Dans une étude publiée le 9 mars par l’Office des Statistiques (site en anglais : www.statice.is), on trouve d’intéressantes précisions sur la population étrangère en Islande, qui fin 2006 a atteint le niveau record de 18 563 hommes et femmes, soit 6% du peuplement total de l’Île.  Ils n’étaient que 9 850 et 3,4 % en 2001, et 13 778 et 4,6 % en 2005 (voir plus haut).

Présentement, les étrangers constituent 7,4 % de la population masculine et 4,7 % de la population féminine. Avant 2003, les femmes étaient relativement plus nombreuses (ouvrières des usines de poisson, vendeuses et caissières des grandes surfaces, personnel de maison, etc.).

C’est la région de l’Est qui a enregistré, les deux dernières années, le flux d’immigrants le plus substantiel.  En effet, cette zone, qui se signalait par le caractère très épars de son peuplement islandais, a eu recours à la main-d’?uvre étrangère bon marché pour l’accomplissement de nombreuses tâches dans le cadre de la réalisation des « grands projets industriels » (barrage et centrales électriques, usine d’aluminium).  Dans la région, les étrangers (surtout des hommes) représentent environ un quart environ de la population.

Ils en constituent entre 5 % et 10 % dans le Sud-Ouest et dans les fjords de l’Ouest, et un peu plus de 5 % à Reykjavík. Dans ce dernier cas, la répartition entre hommes et femmes n’est pas déséquilibrée comme dans l’Est ; en outre, la variété des activités et des qualifications professionnelles est nettement plus développée.

Sur les 18 563 étrangers résidant en Islande, la communauté la plus importante est celle des Polonais (5 996).  Ils sont suivis par les Lithuaniens (998) et les Allemands (945).  Viennent après les originaires de l’ex-Yougoslavie (783), les Philippins (778), les Chinois (755), le Portugais (748), les Américains des Etats-Unis (646), les ThaÏlandais (542), les Britanniques (410), les Tchèques et Slovaques (338), et les Lettons (320). Les Français ne dépassent pas 166.

Les naissances en 2006

Un communiqué de l’Office des Statistiques (www.statice.is) en date du 20 mars nous apprend qu’en 2006, 4415  naissances (vivantes) ont été recensées.  Le taux de fertilité des Islandaises était de 2,1.  C’était le plus élevé en Europe après celui de la Turquie, et juste avant ceux de l’Irlande et de la France.  La fertilité, qui a culminé durant les années (19)60, autour de 4,3, est redescendue depuis lors et semble s’être stabilisée à partir du milieu des années (19)90.

On a enregistré durant les dernières décennies une élévation de l’âge moyen des mères pour leur première naissance : 21,3 ans à la fin des années (19)70 ; 26 ans pour la période 2001-2005, 26,4 ans en 2006.

Le pourcentage des naissances en dehors du mariage (« légal ») est le plus élevé d’Europe : environ 2/3.  La plupart des enfants sont nés de parents « co-habitants » ; seulement 14,1 % sont nés de femmes vivant sans le père.

Le pourcentage des enfants nés de parents mariés, faible pour les premiers nés, augmente nettement avec les naissances suivantes.

MORTALITÉ ET ESPÉRANCE DE VIE EN 2006

Un communiqué de l’Office des Statistiques (www.statice.is) en date du 28 mars nous apprend qu’en 2006, 1 901 décès ont été recensés, 959 hommes et 942 femmes.  Le taux brut de mortalité s’est établi à 6,2 pour 1 000 habitants.  L’espérance de vie moyenne est pour les femmes de 83 ans (l’île est devancée par le Japon -84,9 ans- et par l’Espagne -83,8- et la Suisse –83,6-) et de 79,4 ans pour les hommes (record mondial).  Elle marque un très léger progrès par rapport au résultat de 2005.  
La mortalité infantile a été en 2006 de 2.4 pour 1 000 naissances vivantes, un record mondial et même nordique.  Les taux les meilleurs, outre l’Islande, sont ceux du Japon (3 pour 1000) et de la Suède (3,1).

 

 

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