L´ACTUALITÉ ISLANDAISE EN DÉCEMBRE 2006
Yfirlit
POLITIQUE INTÉRIEURE
Note liminaire : sous cette rubrique, nous retraçons, d’un mois sur l’autre, quelques-unes des « péripéties » et « mini-crises » qui ponctuent la vie des partis islandais et les « jeux » de la démocratie parlementaire. On ne découvre, au fil de cette chronologie, rien que de très naturel et prévisible dans un régime, qui, par certains de ses aspects, ressemble au système français et à celui de nombre de grands pays développés.
Les « non-initiés » et ceux que ne passionnent pas les subtilités des rivalités ou alliances partisanes trouveront sans doute notre rubrique trop longue, pour ne pas dire fastidieuse. Ils peuvent la parcourir « en diagonale » sans se perdre dans les méandres. On leur signale au passage que les épisodes et incidents relatés n’ont souvent qu’une portée limitée. Aspect positif, cependant : ils attestent la vitalité du fonctionnement quotidien, avec ses inévitables « scories », de la démocratie et d’un système représentatif mature et bien rodé.
A) Sondages
Un sondage d’opinion Gallup, publié début décembre, fait le point sur la « cote » des diverses formations politiques. Si les élections avaient eu lieu alors, le Parti de l’Indépendance (conservateur) du Premier ministre serait arrivé nettement en tête de la course, avec 37 % des intentions de vote (33,7 % des suffrages aux législatives de 2003). Mais il aurait perdu des points, par rapport aux sondages précédents (6 en un mois). Vraisemblablement, cela profiterait au petit Parti libéral (droite populiste). Les Libéraux (anciens « dissidents » du PI), qui n’obtenaient pas plus de 3,5 % (7,4 % en 2003) en novembre, viennent en effet de grimper à 11 %. Il faut sans doute y voir l’effet de leurs récentes déclarations sur les aspects négatifs de l’immigration en provenance des pays pauvres (cf. « Bulletin » de novembre 2006).
Au centre, le Parti du Progrès stagne à 8 %. Il serait le grand perdant des élections législatives de mai 2007, n’ayant pas, comme il l’espérait après son congrès d’août 2006 et son changement de direction (« Bulletin » d’août), regagné la confiance des votants perdus entre 2004 et 2006. .
De l’autre côté de l’échiquier, la « Gauche-verte » (extrême gauche) et l’Alliance (sociale-démocrate) confirment leurs derniers « scores ». Alors qu’aux législatives de mai 2003, la première n’avait recueilli que 8,8 % des suffrages contre 31 % pour l’ « Alliance », elle dépasse maintenant, grâce au caractère direct et « carré » de ses déclarations, les 19 %. Et sa rivale sociale-démocrate doit se contenter de 25 %, victime d’un langage considéré parfois comme trop empreint de « langue de bois » ou d’équivoques. L’une et l’autre, par ailleurs, cèdent quelques parcelles de leur électorat potentiel aux Libéraux.
1) Les problèmes de sécurité et de défense suite à l’arrangement signé avec les États-Unis le 11 octobre
D’une manière générale, si les Etats-Unis demeurent le partenaire privilégié de Reykjavik en matière de sécurité (voir les trois derniers numéros du « Bulletin »), d’autres pays alliés auront un rôle à jouer, tels le Canada, le Royaume-Uni, et les pays nordiques.
D’ores et déjà, deux de ces derniers ont entamé des discussions avec les Islandais sur les affaires de défense. Des réunions préliminaires ont eu lieu avec le Danemark, à Copenhague, le 18 décembre. Elles reprendront à Reykjavik au début de février. D’autre part les représentants de la Norvège et de l’Islande se sont rencontrés récemment (19 décembre) et se reverront au début de 2007.
2) Réorganisation des services du Ministère des affaires étrangères
Le 21 décembre, le Ministre, Mme Valgerdur Sverrisdottir a rendu publique une restructuration des services de son Département. Nous en reparlerons.
3) Voyage du Ministre des Affaires étrangères en Chine et au Japon
Au début de décembre, le Ministre, Mme Valgerdur Sverrisdottir, a effectué deux importantes visites officielles en Chine (où s’ouvriront en janvier 2007 les pourparlers préliminaires sur un accord bilatéral de libre-échange) et au Japon. Ainsi se matérialise à nouveau la grande importance accordée par les Islandais à leurs relations politiques, économiques et culturelles avec les pays asiatiques.
4) L’Islande aide le Programme Alimentaire Mondial
Le 15 décembre, le Ministre des Affaires étrangères, Mme Valgerdur Sverrisdottir a signé avec le Directeur exécutif du Programme Alimentaire Mondial (qui aide les populations mal nourries des pays en développement avec des aliments), James Morris, un accord prévoyant un don de 3,2 millions de US$ sous la forme d’une participation au programme du PAM qui comporte la fourniture de repas gratuits aux enfants des écoles d’Afrique souffrant de malnutrition. Sous l’appellation « Les enfants aident les enfants », ce don représente l’équivalent de 45 000 (nombre d’écoliers islandais dans le primaire) repas quotidiens pour des écoliers africains mal nourris pendant un an.
ÉCONOMIE
1) Le jugement de l’OCDE sur la conjoncture économique islandaise
L’OCDE, dont les appréciations font autorité dans la plupart des milieux économiques et financiers internationaux, à, à la fin novembre, porté sur la situation de l’Islande le jugement suivant :
« Il apparaît de plus en plus qu’un changement d’attitude des investisseurs étrangers au début de cette année (2006) et un nouveau resserrement de la politique économique ont déclenché un processus d’ajustement qui s’imposait depuis longtemps. L’activité économique devrait se contracter au cours des prochains trimestres. Néanmoins, les déséquilibres resteront marqués pendant quelque temps. Il incombe donc aux autorités de veiller à ce que la correction de ces déséquilibres progresse régulièrement, afin d’éviter qu’un nouvel accès de nervosité des marchés de capitaux ne vienne compromettre un ajustement ordonné.
Un nouveau durcissement monétaire sera probablement nécessaire à court terme, à la fois pour ramener l’inflation à l’objectif et pour ancrer les anticipations à ce niveau. La politique budgétaire devrait éviter de raviver les pressions de la demande, l’effet expansionniste des réductions d’impôts annoncées étant neutralisé par des mesures supplémentaires de freinage des dépenses tant qu’il n’apparaîtra pas clairement que l’activité économique s’est modérée ».
Des tableaux statistiques, joints à ce « diagnostic, on retient que le PIB, en hausse de 7,7 % en 2004 et de 7,5 % en 2005 (deux années de « surchauffe ») a vu sa croissance ralentir en 2006 (3, 6 %), ralentissement qui se prolongera en 2007 (+ 1 % seulement). La hausse des prix, qui avait culminé autour de 6,8 % en 2005, n’atteindrait que 3,7 % en 2006 (prévisions 2007 : 2,7 %). Derrière le constat des experts, on peut apercevoir une appréciation prudemment positive de l’action du gouvernement de Geir Haarde.
Mais l’effort ne doit pas se relâcher ; et cela explique que la Banque Centrale ait augmenté à nouveau ses taux d’intérêt fin décembre (voir ci-dessous).
Les allègements fiscaux annoncés par le gouvernement pour le début de 2007 (les élections législatives ont lieu en mai?) -notamment ceux sur les produits alimentaires- sont fraîchement accueillis par l’OCDE, qui voudrait les voir « corrigés » par des économies budgétaires. À suivre de près.
2) Les entreprises et le recours à l’Internet
L’Office des Statistiques d’Islande (www.hagstofa.is) a publié le 14 décembre une étude sur l’utilisation de l’Internet par les entreprises islandaises ;
Principales conclusions : a) Entre 97 et 100 % d’entre elles y ont recours ; b) Neuf entreprises sur 10 ont accès à une connexion ADSL ; c) 95 % luttent contre les virus, 81 % étant équipées d’un logiciel firewall (coupe-feu) ; d) 8 sur 10 ont en partie remplacé le courrier postal traditionnel par le courriel électronique.
En 2005, 32 % des entreprises ont vendu des marchandises ou des services sur Internet (21 % en 2002). 6 sur 10 s’en sont procuré sur la Toile pour leur propre usage (37 % en 2002)
3) Hausse des taux d’intérêt de la Banque Centrale
Les dangers de surchauffe et les tensions inflationnistes restant, pour elle, préoccupants, la Banque Centrale a décidé, le 21 décembre, de relever ses taux d’intérêt, comme elle l’a déjà fait de très nombreuses fois depuis plus d’un an. Le taux de base croît de 0,25 % et s’élèvera à 14,25 %.
On a en mémoire (« Bulletin » de novembre 2006) le fait que la Banque, le 2 novembre, avait décidé de maintenir ses taux inchangés, à 14 %, niveau fixé en septembre. L’Institut d’émission avait en effet constaté une accalmie sur le front de l’inflation, qu’il convenait de mettre à profit en évitant toute fausse manoeuvre. Cette « pause » a été de courte durée. Un communiqué de « Sedlabanki » nous explique pourquoi :
« Il est vrai que, depuis le début juillet, de légers progrès ont été constatés dans l’évolution des prix, et que les prévisions pessimistes sur le niveau de l’inflation, émises il y a encore quelques semaines, ont été partiellement démenties. Mais la situation est loin d’être décantée ».
À moyen terme, les perspectives sont encore peu satisfaisantes. L’inflation ne devrait pas revenir rapidement (pour les deux années à venir) à un niveau acceptable. De plus les baisses sur les taxes à la consommation (TVA) prévues pour mars 2007 vont relancer la demande intérieure.
Le déficit des balances commerciale et courante, pour les trois premiers trimestres 2006, dépasse les chiffres prévus. Le quatrième trimestre restera mauvais.
Des tensions persistent sur le marché du travail et sur le front salarial.
Aussi bien, un « resserrement » supplémentaire a-t-il été jugé inévitable. Il devrait rester en vigueur tant que l’assainissement de la situation ne sera pas consolidé. En tout état de cause, la BC se réunira sur ce problème le 8 février 2007.
La décision de la Banque s’inscrit dans la droite ligne des conseils du FMI (et des avis de l’OCDE). Elle a évidemment provoqué des réactions d’irritation chez les partenaires sociaux, et notamment au patronat.
NB)
Certains économistes considèrent que le budget pour 2007, récemment voté par le Parlement, est potentiellement « inflationniste » : à la veille des élections législatives (mai 2007) il aurait prévu des dépenses supplémentaires incompatibles avec la réduction programmée des recettes. Le débat est ouvert.
4) Les Banques islandaises et la tentation de l’euro
- Comme c’est légalement possible, la banque d’investissement (la plus grande de l’île) Straumur-Burdaras (étroitement liée aux « tycoons » Björgolfur Thor Björgolfsson, Hannes Smarason, et Jon Asgeir Johannesson, trois des ténors » du capitalisme financier islandais), vient de décider que la comptabilité et les règlements du groupe seraient, à partir de janvier 2007, libellés en euros et non en couronnes. Straumur-Burdaras opère, en effet, de plus en plus sur les marchés extérieurs, et veut attirer des investisseurs étrangers.
- Cette décision a été interprétée par certains comme un signal de « marginalisation » de la couronne islandaise par les établissements financiers et les grandes entreprises tournés vers l’étranger, puisque l’exemple de Straumur-Burdaras semble devoir être suivi par divers autres opérateurs. À cette occasion, ceux-là reposent la question des prétendus « handicaps » de la couronne, et notamment celui lié à ses fortes fluctuations. Le Gouverneur de la Banque Centrale, l’ancien Premier ministre David Oddsson, leur oppose le caractère irréaliste d’un éventuel rattachement à l’euro sans adhésion à l’Union européenne. Le débat n’est pas nouveau.
SOCIÉTÉ
Les fêtes de fin d’année et l’activité économique
Dans sa « Lettre hebdomadaire » en date du 21 décembre, le Ministère des Finances fait le point sur l’activité économique pendant la période des fêtes de fin d’année. Pour diverses activités, c’est le grand « boom » : ainsi des librairies et des commerçants vendant bijoux, jouets, disques, etc. Certaines réalisent, durant les deux derniers mois de l’année, jusqu’à la moitié de leur chiffre d’affaires annuel. D’autres sont pratiquement au point mort : camping, parcs d’amusement.
Contrairement à une croyance répandue, les achats concernés ne sont réglés par carte de crédit qu’à hauteur du tiers seulement.
Des instituts de recherche s’efforcent, avant les fêtes, de déterminer quel sera le « cadeau » le plus populaire : ainsi la production pourra-t-elle en être prévue sans trop d’incertitude.
Le grand gagnant, durant cette période, est, bien entendu, le Trésor Public, en raison des rentrées exceptionnelles des taxes sur la consommation.
ANNEXE : Le Festival français en Islande (FESTIVAL « POURQUOI PAS. UN PRINTEMPS FRANÇAIS EN ISLANDE ») : un projet ambitieux qui se déroulera en 2007
- En réponse à la « Quinzaine islandaise » qui s’est déroulée en France en septembre-octobre 2004, la France a décidé d’organiser, pour la première fois en Islande, un Festival, par le canal de l’Ambassade de France en Islande. Cet événement se déroulera de fin février à mi-mai 2007. Il comportera quatre volets : culturel, scientifique, cinématographique - le Festival annuel du film français qui a lieu en janvier sera décalé à cette occasion -, commercial et touristique. L’objectif essentiel de ces manifestations est de faire mieux connaître la France, ses réalisations, sa culture, ses artistes, notamment à la jeune génération islandaise. Il est aussi de montrer, si besoin en était, la vitalité des échanges entre les deux pays dans ces secteurs.
Afin d’être en prise directe avec les manifestations locales et instaurer un véritable partenariat avec les interlocuteurs islandais, il a été décidé de rattacher, autant que faire se peut, un certain nombre d’événements à des festivals locaux : ainsi, le lancement du Festival Français en février devrait se faire au moment où s’ouvrira le « Festival des lumières » et sa clôture intervenir en mai, lorsque s’ouvrira le « Festival des arts de Reykjavík ».
S’agissant du volet culturel et artistique du Festival qui en constituera l’élément le plus important, l’Association française d’action artistique (AFAA) sera l’opérateur pour la partie française. Deux coordonnateurs ont été désignés : il s’agit, du côté français, de M. Gilbert Erouart, directeur de la coopération et de l’ingénierie culturelle à l’AFAA, et, du côté islandais, de M. Eirikur Thorlaksson, ancien directeur du Musée des arts de Reykjavík.
C’est avec plaisir que nous tiendrons les lecteurs du « Bulletin d’information mensuel » informés du programme de ce Festival.
- ''Comme annoncé par Mme l'Ambassadeur de France en Islande dans notre numéro de mars 2007, le premier festival français se déroulera en Islande du 22 février au 12 mai 2007. Un site est accessible www. pourquoipas.is/fr pour donner les premières informations sur ce festival. Courant janvier, les lecteurs y trouveront les manifestations qui constitueront cet événement. D'ores et déjà, l'exposition "Regard fauve" a ouvert ses portes le 15 décembre à la Galerie nationale. Elle sera ouverte jusqu'au 25 février 2007.''
BIBLIOGRAPHIE :
L'Europe du Nord contemporaine : De 1900 à nos jours
Par François-Charles Mougel
(160 pages, 12 ? )
Souvent méconnue, l'Europe du Nord mérite, au contraire, attention et intérêt. En effet, composante à part entière du continent européen, elle en a partagé depuis 1900 les épreuves et les réussites tout en développant une civilisation originale dont le bilan, à l'aube du XXIe siècle, s'avère largement positif. D'abord parce que les cinq États qui la forment — Danemark, Finlande, Islande, Norvège et Suède — ont su affirmer ou conquérir leur souveraineté et leur identité tout en restant solidaires. Ensuite parce que ces États ont inventé un système de démocratie avancée qui leur a garanti un très haut niveau de performance économique, sociale et culturelle. Enfin parce que l'Europe du Nord a toujours défendu un idéal de paix et de coopération à l'échelle internationale. Il existe bien un « modèle nordique » : pragmatique, efficace et évolutif ; il pourrait bien, demain, servir de référence à l’Europe et au monde. Autant en découvrir le parcours et les résultats au plus vite !
François-Charles Mougel, ancien élève de l'ENS Saint-Cloud, est professeur d'Histoire contemporaine à l'Institut d'Études Politiques de Bordeaux.
À NOTER
Cette lettre (comme les suivantes) ne comporte (sauf rare exception) que des informations politiques, économiques et sociales sur l'Islande, à l'exclusion de "nouvelles" de nature culturelle et/ou artistique, du tourisme, et d'informations sur les manifestations islandaises en France et françaises en Islande.
Il existe en effet des sites ou des organes d'information qui fournissent ces autres informations. On signalera tout particulièrement :
* Le Site Internet de l'Ambassade d'Islande en France, qui, en plus de ses "actualités", est une mine inépuisable de "liens", en français ou en anglais (et en islandais), sur l’Île : www.iceland.org/fr
* S’adressant en particulier aux Français désireux de se rendre ou de s’installer en Islande, le Site de l’Ambassade de France en Islande (www.ambafrance.is) est une source irremplaçable de renseignements pratiques.
* La Revue "Courrier d'Islande" (trimestrielle) que l'Association "France-Islande" envoie par courrier postal à ses adhérents.
Pour en savoir plus sur cette Association, la Revue citée et le site Internet de " France-Islande ", le contact est le suivant :
Association "France-Islande" (Président : M. Jean Le Tellier) ; 31 avenue Thierry, 92410 Ville d'Avray, e-mail :jean@jlet.net
* Très récemment, l'Université de Caen (Département de langues nordiques) a publié sur le Net une bibliographie complète des livres (littérature ou autres) islandais traduits en français, régulièrement remise à jour. Lien : http://www.unicaen.fr/traductionsISLANDAIS
* Pour les touristes (anciens ou à venir), l'excellent site de Christian et Marie-Françoise Gilabert, " Islande, au pays de la création du monde " : http://perso.wanadoo.fr/saga.gilabert




