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L’ACTUALITÉ ISLANDAISE EN SEPTEMBRE 2005

POLITIQUE INTÉRIEURE

Une décision aux conséquences encore imprévisibles : M. David Oddsson "se retire de la vie politique".

La nouvelle est venue comme un "coup de tonnerre" ébranlant le calme ciel politique islandais : le 7 septembre, M. David Oddsson, ministre des Affaires étrangères de l'actuel gouvernement présidé par Halldor Asgrimsson, déclarait à la presse qu'il s'apprêtait à quitter la vie politique pour rejoindre les eaux plus calmes de la Banque Centrale d'Islande (où il présidera le Conseil des trois Directeurs). L'"homme fort" du monde politique insulaire, qui depuis une quinzaine d'années dominait la scène publique -gouvernementale, parlementaire et "partisane"- de son pays, partait sans y être le moins du monde contraint, fait assez rare dans l'île comme dans le reste du monde, et, alors même que nombreux étaient ceux qui lui prédisaient encore "un bel avenir"....

Quelques mots sur David Oddsson

L'actuel chef de la diplomatie islandaise a 57 ans. Rappelons qu'il avait, à l’été 2004, été opéré d’urgence d’un cancer du rein, qu’il s’était rapidement remis de cette affection et avait, depuis lors, repris un rythme de vie très actif, comportant entre autres les nombreux déplacements qu’implique sa fonction.

Né en 1948 à Reykjavik, il a fait de brillantes études de droit, mais s’est très jeune orienté vers le journalisme (journaliste parlementaire au grand quotidien " Morgunbladid ") et l’écriture (il écrira par la suite des pièces de théâtre pour la scène et la télévision ; des nouvelles qui furent des best-sellers ; des essais, etc.). La vie politique l’a également accaparé rapidement, et, à l’âge de 34 ans, il s’est imposé à la tête du Parti de l’Indépendance dans la capitale, étant élu comme Maire après une campagne remarquée... Son dynamisme à la tête de la plus grande agglomération -en constante extension- de la nation lui vaudra l'estime et l'admiration de beaucoup au sein de sa formation, et il deviendra le "leader naturel" d'un groupe de "Jeunes Turcs" et de "rénovateurs" qui se donnent pour tâche de réveiller le vieux parti de centre-droit, jugé parfois enclin à la somnolence et aux luttes de personnes (c'est l'époque de la "dissidence" d'Albert Gudmundsson et des populistes du "Parti des Citoyens", qui enlèvent en 1987 nombre de voix et des sièges au Parti). David Oddsson se veut aussi, à l'heure où Ronald Reagan et Margaret Thatcher font école, un disciple du libéralisme économique orthodoxe. Il parvient à redonner de la vigueur au PI, qui avait été écarté du pouvoir entre 1988 et 1991 ; et celui-ci, qui en fait son Président, lui doit une nette victoire aux législatives de 1991, sans toutefois obtenir la majorité absolue (fait rarissime en Islande, vu les effets de la représentation proportionnelle). Pragmatique avant tout, David, devenu Premier ministre, met sur pied -malgré son éloge passé du libéralisme- une coalition avec un parti social-démocrate, "blairiste" avant l'heure et dégagé des vieux préjugés" marxisants". C'est le début d'une "révolution tranquille" en matière économique, qui visera à "libérer les énergies" en désengageant l'État -jusque là très interventionniste, protectionniste et s'empêtrant dans une réglementation souvent obsolète- de nombreux secteurs et entreprises, rendus par des privatisations réussies à l'initiative privée (banques, établissements financiers, au départ). C'est aussi la fin du quasi-isolationnisme économique islandais avec l'étape marquante que constituera l'adhésion à l'Espace économique européen, en 1994, et, depuis lors, une ouverture massive et stimulante des frontières aux marchandises, aux services, aux capitaux du dehors, sous réserve de quelques exceptions (agriculture, ressources naturelles comme les pêcheries et les sources d'énergie) dictées par les impératifs de la souveraineté nationale. De 1995 à nos jours, l'économie insulaire, stimulée par de grands projets industriels, va être profondément diversifiée et revitalisée ; le niveau de vie des habitants substantiellement augmenté, même si le développement des inégalités va de pair avec ces améliorations. L'Islande, pays longtemps caractérisé par des fluctuations monétaires impressionnantes (périodes d'inflation galopante...) retrouvera une stabilité de bon aloi dans ce domaine ; et la prudence de ses politiques budgétaire et monétaire lui vaudra souvent l'approbation des grands organismes internationaux (OCDE, FMI, etc.). Le plein emploi sera une réalité incontestée.

Tout cela est largement porté au crédit de David Oddsson, bien que ses adversaires (car, comme toute forte personnalité, il suscite admiration parfois inconditionnelle chez ses partisans mais une franche animosité chez certains de ses adversaires) porteront à son "passif" ses liens trop étroits avec divers milieux d'affaires et notamment les groupes bénéficiaires des privatisations et de la déréglementation, son indifférence à l'égard des fractures sociales nouvelles nées du "règne de l'argent", voire un autoritarisme machiavélien qui l'entraînerait à considérer comme des "pions" de son jeu ses partisans comme ses opposants... Cependant, on s'accorde à lui reconnaître un charisme certain et une intégrité personnelle indiscutable.

Politiquement, David a ainsi conduit son parti à la victoire en 1991, 1995 et 1999, bien qu'au lendemain des trois échéances, il ait dû, -vu les effets de la proportionnelle- se résigner à présider des coalitions, avec les Sociaux-Démocrates en 1991, avec le petit groupe-charnière des "Progressistes" (de l'actuel Premier ministre Halldor Asgrimsson), les fois suivantes. C'est lors des législatives de 2003 que les vents se sont révélés moins favorables. Une certaine usure du pouvoir, la perte de 4 sièges arrachés par les dissidents "populistes" du Parti Libéral, les man?uvres du groupe charnière des Progressistes avec lesquels l'opposition de gauche tentait de s'allier (en leur offrant le poste de Premier ministre), ont sensiblement réduit la "marge de man?uvre" de David, un peu affaibli sur le plan parlementaire (22 sièges sur 63 à l'Althing). Le Parti progressiste, centriste, se trouvant l'arbitre de la situation, la formule (inhabituelle) suivante sortit d'un compromis passé entre David et Halldor Asgrimsson : la coalition bi-partite était maintenue, mais David ne resterait Premier ministre que jusqu'au 15 septembre 2004, date à laquelle il céderait son poste au chef des Progressistes. Effectivement, le 15/09/2004, une permutation entre les deux chefs de partis s'opéra, Halldor devint chef du gouvernement (et l'est toujours), David Oddsson recevant le prestigieux Ministère des affaires étrangères, peu après qu'un grave accident de santé (cancer), heureusement surmonté, l'ait, très peu de temps, contraint à une courte convalescence.

Au début de 2005, beaucoup voyaient la situation comme "stabilisée" jusqu'aux prochaines législatives de 2007. La principale formation de l'opposition, l'"Alliance", de tendance sociale-démocrate, s'apprêtait à lancer un défi à la majorité de centre droit sortante, sous la houlette de l'ancienne maire de Reykjavik, Ingibjörg Solrun Gisladottir (challenger malheureuseuse de David Oddsson pour les fonctions de Premier ministre, en 2003), dotée d'un certain charisme mais affaiblie par l'existence d'une extrême gauche active ("Gauche-Verte") qui rend malaisée une union de l'opposition. David Oddsson restait l'homme "fort" et incontournable pour le centre et la droite, le nouveau Premier ministre Halldor Asgrimsson, malgré des qualités politiques indéniables, n'ayant pas su -en raison de son style et de son comportement parfois jugés "laborieux" et "ternes"- s'imposer auprès de l'opinion. D'aucuns prédisaient même un net affaiblissement du Parti (charnière) Progressiste et un retour en force du Parti de l'indépendance, avec David retrouvant après 2007 son fauteuil de Premier ministre.

Notons qu'au sein de sa formation, deux hommes avaient longtemps semblé pouvoir, le moment venu, lui succéder : l'actuel Ministre de la Justice, une des "têtes pensantes du pays" en matière de politique internationale, Björn Bjarnason, et le ministre des Finances Geir Haarde. Selon certains, David aurait finalement fait du "second" son dauphin et lui aurait facilité l'accession à la Vice-Présidence du parti, il y a quelques années.

Le Congrès du Parti de l'Indépendance (13-16 octobre 2005) devrait bientôt entériner l'accession de Geir Haarde à la présidence du parti, puisqu'en même temps qu'il annonçait son prochain départ du gouvernement, David Oddsson précisait qu'il renonçait à la direction du PI qu'il assurait depuis 14 ans.

Perspectives : pistes de réflexion

1) Le retrait de David Oddsson de la vie politique crée un "vide" indiscutabl. Certes, dans l'immédiat, la majorité au pouvoir poursuit sa tâche et un jeu de "chaises musicales" (au sein des ministres du PI) permet une grande continuité : Geir Haarde passe le 27 septembre des Finances aux Affaires étrangères ; l'actuel ministre des Pêcheries Arni M. Mathiesen devient ministre des Finances, à la même date, tandis qu'un élu du Nord-Ouest, Einar K. Gudfinnsson, Président du groupe parlementaire, va aux Pêcheries. L'équipe, ainsi remaniée, devrait rester aux affaires jusqu'au printemps 2007, date de la prochaine rencontre avec le suffrage universel.

La politique menée, définie en 2003 au lendemain de la reconstitution de la majorité, sera continuée, les quelques inflexions à attendre (en 2006 et début 2007) en matière budgétaire et monétaire étant largement dépendantes de la conjoncture économique, elle-même liée à la mise en ?uvre en cours de grands projets industriels.

La révision de la Constitution, lancée en 2004 au lendemain d'une grave crise constitutionnelle ayant opposé le Président de la République au gouvernement, ne pourra qu'être facilitée par le départ de David Oddsson, car il avait été un des acteurs principaux de cette crise en 2004, s'opposant personnellement avec énergie à la tentative du Chef de l'État de sortir de son rôle de "monarque constitutionnel sans pouvoirs politiques".

La politique étrangère elle-même ne devrait pas subir de novation. Certes David était, plus que beaucoup de politiques islandais (extrême-gauche exceptée) réputé pour être inflexible dans son opposition à toute adhésion de l'île à l'Union européenne. Mais, l'Union, même si elle continue à séduire certains milieux d'affaires et des cadres urbanisés, ainsi que nombre d'universitaires, ne jouit plus, depuis le coup porté par la France et les Pays-Bas au projet de traité constitutionnel, de la même crédibilité que naguère... et la simple prudence conduira certainement les responsables Islandais à voir ce vers quoi elle s'achemine, la "crise institutionnelle dépassée". On peut faire confiance à Geir Haarde, un "pragmatique" par excellence, pour témoigner, avec un langage moins direct, des mêmes réticences que David vis-à-vis d'une construction supranationale.

2) Il est également probable que, réuni du 13 au 16 octobre, le Congrès du Parti de l'Indépendance, respectant un "testament implicite" de David, portera au sommet du parti Geir Haarde. Une bataille se livrera peut-être pour la Vice-Présidence de la formation, "marche pied" pour beaucoup. Deux candidats se sont déjà déclarés : le maire d'Akureyri (deuxième ville du pays) et l'actuelle ministre de l'Éducation, de la Science et de la Culture, Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir. Depuis quelque temps, cette dernière apparaissait à des observateurs, vu son dynamisme et son charme, comme un "successeur potentiel" de David en réserve pour l'avenir : le "test" du Congrès donnera quelques indications sur sa popularité au sein du parti (dont l'électorat féminin reste un point faible)...

3) S’il s'avérait qu'après la réunion d'octobre, Geir Haarde est désigné pour conduire le PI à la bataille électorale de 2007, on peut s'interroger sur les conséquences que comportera le changement de porte-drapeau sur ladite bataille. Ce serait sans doute aller un peu vite en besogne que d'affirmer que le retrait de David nuira à sa formation. Deux raisons incitent à une certaine prudence. Comme toute personnalité forte et relativement extravertie, David avait des soutiens indéfectibles et inconditionnels et son charisme pouvait dynamiser de simples sympathisants. Mais il "irritait" profondément d'autres électeurs, interprétant son "autorité naturelle" et son goût de la décision rapide comme un "autoritarisme" opposé à la contradiction, voire à toute discussion. L'accusation de "pouvoir personnel" quasi-monarchique était même sur certaines lèvres...

Geir Haarde, plus réservé, moins extraverti, ne suscite pas de telles "passions", positives ou négatives. Ce n'est pas toutefois un homme terne, générant l'indifférence de l'opinion, et, après un long passage au Ministère des Finances (depuis 1998) il apparaît au gré des enquêtes d'opinion comme l'un des ministres les plus populaires, crédité d'une gestion prudente et fiable, d'une bonne santé des finances publiques, d'un allègement sensible de la pression fiscale, en bref d'une expertise crédible. Dans une période où l'économie islandaise progresse à pas  rapides, une partie de ce succès rejaillit sur lui.

L'avenir dira s’il a la pugnacité indispensable pour combattre efficacement une opposition qui -si elle n'a pas manqué ces jours derniers de rendre des hommages indiscutables à la personnalité et au courage de David Oddsson (notamment face à la maladie, l'an dernier) ainsi qu'à sa constance et à sa fidélité à ses principes- se réjouit peut-être secrètement de ne plus l'avoir comme "adversaire principal". Le passage de Geir Haarde au ministère des Affaires étrangères va sans doute révéler des aspects inconnus de cet homme de 54 ans, politique "chevronné" mais relégué jusque-là à un honorable second plan par la présence de son "mentor", l'exceptionnel David Oddsson. Soyons assuré, par ailleurs, qu'à la tête de la Banque Centrale (poste qui est loin d'être uniquement "protocolaire"), ce dernier mettra sa grande expérience politique, économique et ses contacts internationaux au service de responsabilités dignes de son passé.

Pour conclure, mentionnons que les raisons profondes de la décision de David n’ont pas été données dans le détail par l’intéressé. Son accident de santé passé a pu jouer un rôle ; tout autant (et sans doute moins) que le désir de partir « sur des succès » : il laisse l’économie du pays plus florissante que jamais, et au lendemain de la privatisation de « Landssiminn », a mené à terme une tranche de « réformes structurelles » essentielles. S’ajoute certainement le désir d’avoir des responsabilités moins harassantes, lui laissant un peu de temps pour sa famille, ses amis, et ses « hobbies ».

 

POLITIQUE EXTÉRIEURE

* Relations avec l’Union européenne

Selon un sondage récent (Gallup) publié dans la presse islandaise, 43 % des personnes interrogées se déclareraient favorables à une adhésion du pays à l’Union européenne, contre 37 % hostiles, et 20 % sans opinion. N’ayant pu prendre connaissance du libellé exact des questions posées, nous donnons ce « résultat » avec les réserves d’usage. On notera que la même source donne les chiffres d’une enquête analogue datant de février : 45 % ; 34 % et 21 %. La différence pourrait s’expliquer aisément par la crise que connaît l’Union depuis le rejet du projet de traité constitutionnel par la France et les Pays-Bas.

 

* Relations avec les Îles Féroé

Le 9 septembre, le Ministre des affaires étrangères a signé avec un représentant des Îles Féroé (territoire « autonome » lié au Danemark) un accord créant entre les deux pays un espace économique commun, avec libre circulation des marchandises, des services et des capitaux. Cet accord remplace l’accord de libre-échange de 1992. Citoyens et entreprises islandais et féringiens bénéficient, sur le territoire du pays partenaire, des mêmes droits que les « nationaux ».

* Relations islando-américaines : la base de Keflavik

Les « conversations américano-islandaises » sur la contribution de Washington à la sécurité de l’Islande et sur la prorogation et la « mise à jour » de l’accord de 1951, attendues de longue date dans l’île, se sont engagées le 6 juillet. Peu après, les négociateurs se sont séparés sans avoir trouvé un accord global, des divergences les séparant sur certains points. Une seconde réunion, le 8 septembre, n’a pas encore permis de conclure, On souhaite, en Islande, que la prochaine rencontre, dans un très proche avenir, permette de dégager un tel accord.

Les discussions aboutiront, selon toute probabilité, à une diminution de l’effort américain (la guerre froide est bien loin, et la valeur « stratégique » de l’Île pour les Etats-Unis a diminué dans l’actuel contexte international) et sans doute à une contribution financière accrue de Reykjavik. C’est ce qu’a laissé entendre, à la mi-août, David Oddsson : il note cependant que les principes régissant depuis sa signature l’accord bilatéral restent en vigueur, à savoir la participation alliée à la défense et à la sécurité islandaise et la garantie pour l’Île d’une assistance minimale.

 

* La candidature de l’Islande au Conseil de Sécurité

En 2003, l’Islande avait annoncé qu’elle serait candidate au Conseil de Sécurité de l’ONU, au titre de membre non permanent, pour la période 2009-2010, signifiant ainsi qu’elle entendait être « plus présente dans le monde ».

Par la suite, cette décision a semblé, pendant quelque temps, remise en cause, notamment en raison du coût de l’opération. Un réexamen de la question a donc eu lieu, mais finalement, comme le Premier ministre Halldor Asgrimsson l’a fait savoir lors du « Sommet » de l’ONU le 15 septembre, l’Islande a confirmé sa candidature. Le nouveau ministre des Affaires étrangères, Geir Haarde, vient de faire savoir qu’on s’efforcerait de limiter les dépenses afférentes à cette initiative

 

* HALLDOR AUX NATIONS-UNIES

Le 15 septembre, Halldor Asgrimsson s’est exprimé au nom de l’Islande lors du « Sommet » de la 60e Assemblée Générale de l’ONU (voir le texte sur le Site : http://eng.forsaetisraduneyti.is/). Il a rappelé, entre autres, la responsabilité de la communauté internationale en matière de respect des droits de l’homme et se félicite des progrès en vue pour accroître les possibilités d’intervention des Nations Unies en la matière (Conseil des Droits de l’Homme), et de ceux visant à une meilleure prévention des conflits (Commission internationale pour la consolidation de la paix. Dans le domaine de l’aide au développement, il convient d’intensifier le processus de réalisation des Objectifs du Millénaire (spécialement pour l’Afrique : le rôle du capital privé ainsi que la responsabilité des pays aidés dans l’élaboration des stratégies adéquates sont soulignés). Enfin, s’agissant des échanges internationaux, l’heureux (et rapide) aboutissement des négociations de Doha est une nécessité indiscutable.

Halldor a également indiqué le prix que son pays attache à une réforme cohérente du Conseil de Sécurité avant la fin de l’année.

 

ÉCONOMIE

* L’Islande et l’énergie géothermique : un projet de recherche « révolutionnaire »

L’ « Autorité Nationale de l’Énergie » et divers organismes islandais, s’occupant de la recherche et de l’exploitation de l’énergie géothermique, vont dans les mois (et années) à venir collaborer activement sur un important projet de recherche, dont les résultats pourraient entraîner des conséquences décisives pour la production d’électricité à partir de cette source d’énergie : le projet de « forages à grande profondeur ». Jusqu’à maintenant, l’électricité d’origine géothermique est générée à partir de forages effectués -dans les champs de « hautes températures »- à une profondeur de 2 000 à 2 500 mètres. La conversion de l’énergie calorique en énergie électrique, facteur -actuellement- de déperditions, serait beaucoup plus satisfaisante et pourrait avoir un rendement dix fois supérieur, si lesdits forages étaient pratiqués à une profondeur double, par exemple (5 000 mètres). Bien entendu, de tels forages seraient plus complexes et plus coûteux. C’est à une étude précise des modalités, et des avantages et inconvénients de cette révolution technologique que doit être consacrée essentiellement la recherche envisagée. Elle bénéficiera de concours internationaux substantiels et se prolongera sur le long terme, le lancement ayant lieu, avant la fin de 2005, dans la péninsule de Reykjanes (Sud-Ouest), dont les champs géothermaux se prêtent bien à l’expérimentation en cause.

Selon les conclusions de cette étude, les ressources naturelles islandaises se révèleront peut-être, pour le développement industriel, un atout bien plus considérable qu’on ne l’avait évalué jusqu’ici.

* La 8 ème foire-exposition des pêcheries islandaises

Du 7 au 11 septembre, s’est tenue à Kopavogur, près de la capitale, la traditionnelle foire-exposition des pêcheries islandaises (qui a lieu tous les trois ans). 800 sociétés et organismes divers y ont pris part, venant du monde entier, de la Chine à l’Espagne et de la Norvège à la Malaisie. La participation est de 15 % supérieure à celle enregistrée pour la foire de 2002, résultat remarquable dans une période où le succès de telles manifestations stagne.

Pour cette 8e édition, l’exposition couvre tous les aspects de l’activité « pêche », de la capture des poissons à leur transformation, à l’emballage de la marchandise, à la distribution et la vente des produits finis, en passant par le « marketing ».

Le « Trade Council « rappelle à cette occasion l’importance de cette industrie pour l’économie nationale. 1872 navires de pêche sont enregistrés. En 2002 -la seconde meilleure année concernant les prises- 2,1 millions de tonnes de poisson ont été pêchées ; en 2003, la valeur des exportations de produits de la mer a avoisiné 1,5 milliard de dollars, soit 62 % de la valeur totale des exportations nationales.

 

* Les secteurs qui sont les principaux bénéficiaires des dépenses du Trésor public.

Dans sa « fréttabréf » du 25 août, le Ministère des Finances donne quelques indications sur la répartition des dépenses du Trésor pour le compte du gouvernement central, entre 1999 et 2003. Le plus gros bénéficiaire est la santé, qui, selon les années, a reçu entre 26 et 27,5 % de ces dépenses (26,3 % en 2003). Au deuxième rang vient la protection sociale, qui est passée de 16,4 % en 1999 à 21,2 % en 2003 : en termes réels, ses dotations ont augmenté de 40 % : la loi de 2000 sur les congés de maternité-paternité a joué un rôle important dans cette progression.

Les « interventions économiques » ont tourné autour de 16 %. À l’intérieur de cette catégorie, la part allant à l’agriculture reculait, alors que croissait celle des transports et de la recherche.

L’ « éducation » reçoit quelque 10 % du total et est sur une pente ascendante.

Au contraire, le paiement des intérêts de la dette est tombé de 8,4 % à 5,7 % : telle est la conséquence à la fois des excédents budgétaires, qui servent à rembourser cette dette, et de l’appréciation de la couronne en ce qui concerne la dette extérieure.

 

 

* Privatisation de la Compagnie nationale des Télécommunications

 Comme on le sait (« Bulletin » de juillet 2005), la privatisation de la Compagnie nationale des Télécommunications (Landsiminn) est pratiquement chose faite, depuis le 28 juillet : la Commission exécutive des privatisations, a alors choisi, comme la réglementation le prévoit, le groupe offrant le meilleur prix pour l’achat des actions que possédait l’Etat. Il s’agit du consortium islandais d’investisseurs Skipti, contrôlé par les frères Lydur et Agust Gudmundsson (à la tête de « Bakkavör », un puissant groupe agro-alimentaire), qui a acheté Landsiminn pour 66,7 milliards de couronnes. Cette grosse opération, -par les sommes en jeu- est la plus importante dans l’histoire des privatisations. Le Premier Ministre s’était, dès la conclusion de l’affaire, déclaré entièrement satisfait et constatait que le Trésor Public bénéficie par là de recettes exceptionnellement élevées.

Le 6 septembre, le gouvernement a décidé de l’affectation de ce beau « pactole », comportant 32,2 milliards en devises étrangères.

Sur les 66 milliards, 24 vont être -comme une bonne gestion des finances publiques le conseille- utilisés à rembourser la dette publique étrangère). 43 milliards seront affectés à divers projets.

Selon la Radio d’État islandaise, 15 milliards devraient aller à la réalisation d’infrastructures de transports, 18 à la construction de services d’urgence dans un hôpital de pointe (lancement des travaux : 2008), 3 milliards aux Garde-Côtes, 2,5 milliards à un Fonds de financement des activités nouvelles (qui met sur pied des opérations conjointes avec le capital privé), 2,5 milliards à un fonds des télécommunications pour la diffusion du système GSM dans les zones rurales, 1 milliard pour l’accueil des handicapés mentaux et 1 autre milliard pour un nouveau bâtiment destiné à abriter l’Institut Arni Magnusson, ce prestigieux musée où sont conservés manuscrits et documents précieux anciens (Sagas, etc.).
Compte tenu des risques de « surchauffe » (donc d’inflation) que connaît présentement l’économie nationale (avec la réalisation des grands projets industriels), les dépenses couvertes par les recettes de privatisation ne seront initiées qu’en 2007 et s’étaleront jusqu’en 2012.

* LA RECHERCHE

Une récente publication du « Conseil nordique des Ministres » analyse la part de la recherche dans les budgets des cinq pays membres (Danemark, Finlande, Islande, Norvège, Suède). L’Islande vient en tête en ce qui concerne le pourcentage correspondant, et en seconde position (près la Finlande) pour ce qui est de la proportion du Produit Intérieur Brut.

* USINE D’ANODE

En liaison avec les progrès des usines fondées sur l’utilisation massive d’énergie électrique (aluminium, etc), on envisage de construire en Islande une usine de production d’anode. Dans cette perspective, un séminaire international s’est tenu à Reykjavik à partir du 21 septembre. L’inaugurant, la ministre de l’Industrie Valgerdur Sverisdottir a rappelé brièvement les progrès récents et à venir de la production d’électricité et d’aluminium. Son allocution se trouve sur le Site du Ministère en anglais (http://idnadarraduneyti.is).

 

* LES REVENUS DISPONIBLES DES MÉNAGES EN NETTE CROISSANCE

Dans sa « lettre électronique » du 15 septembre, le Ministère des Finances rappelle qu’il calcule les revenus réels disponibles des ménages (après impôts) selon deux méthodologies : celle des « comptes nationaux » et celle des « déclarations d’impôts. Si ces deux procédés n’aboutissent pas tout à fait aux mêmes résultats chiffrés dans le détail, les conclusions générales qu’on peut en tirer pour les dernières années vont dans le même sens. En 2002, avec la première méthode, il s’avère que lesdits revenus ont stagné, alors qu’ils ont augmenté de 2 % selon la seconde. Pour 2003, les résultats sont, dans les deux cas, de + 5 %. Pour 2004, ils sont respectivement de +3 % et + 4 %. En 2005, malgré le début d’inflation, ils auraient atteint la même progression. Les consommateurs sont logés à bonne enseigne, même si les inégalités s’accroissent.

 

* CROISSANCE DU PRODUIT NATIONAL BRUT

L’Office des Statistiques d’Islande (http://hagstofa.is) vient le 11 mars de publier ses  estimations révisées (par rapport aux données fournies en mars) pour 2004. Le PIB islandais aurait avoisiné en 2004 885 (et non 859) milliards de couronnes. Il aurait augmenté, par rapport à 2003, de 6,2 % (et non 5,2 %).

Ces 6,2 % sont en grande partie la conséquence d’une hausse de la consommation finale des ménages, évaluée à 6,9 % ; et d’un accroissement de la formation brute de capital fixe (investissements) se situant aux environs de 21 %. Pendant la même période, les importations se sont gonflées de 14,2 % : aussi la balance courante a-t-elle été fortement déficitaire : 73 milliards de couronnes, soit 8,2 % du PIB.

 

* L’EXTERNALISATION

Plutôt que d’exécuter la tâche elles-mêmes, il arrive souvent que les autorités publiques islandaises aient recours à des entreprises privées pour accomplir des missions de service public, par le recours au procédé de l’externalisation. Elles font au départ le plus souvent appel à la concurrence, choisissant la meilleure offre. Ainsi elles se targuent d’obtenir des gains de productivité, tout en veillant strictement à la qualité du service rendu.

Parmi les exemples récents d’externalisation, la « fréttabréf » du Ministère des Finances du 22 septembre cite la construction du tunnel routier du fjord des Baleines (entre Reykjavik et Akranes), la construction et la gestion de la maison de santé Soltun, celles d’une école de l’artisanat et des métiers à Hafnafjördur.

Des négociations ont eu lieu, par ailleurs, entre les privés et la Mairie de Reykjavik pour l’édification d’un centre de conférences et d’un complexe culturel dans la capitale. Le Groupe Portus en sera chargé.

 

* DES CONSEILS POUR LE MONTÉNÉGRO

Le Monténégro, petit État balkanique (allié à la Serbie) s’est lancé récemment dans des expériences de libéralisation de son économie, naguère « socialiste ». Elle dispose en abondance d’hydroélectricité et mise sur le développement d’usines d’aluminium. Pour ces raisons, elle entend avoir recours à l’expertise économique, financière et fiscale de l’Islande. À la mi-septembre, un haut responsable monténégrin est venu initier cette coopération à Reykjavik (Source : Ministère des Finances, « lettre » du 22/9/2005).

 
* CHAMBRE DE COMMERCE FRANCO-ISLANDAISE

Nous venons d’apprendre qu’un nouveau Directeur a été récemment nommé à la Chambre, en remplacement de M. Philippe Chalon, qui a achevé sa mission.

Rappelons que la CCFI est une organisation binationale fondée en 1990, regroupant l’ensemble des membres de la communauté d’affaires franco-islandaise (entreprises, organisations publics et particuliers). La CCFI compte à ce jour 70 adhérents. Ses missions sont les suivantes :

- Service d’appui commercial (études de marché, missions de prospection, etc.).  
- Communication des opportunités d’affaires et informations sur les deux marchés nationaux respectifs.

- Organisation de séminaires et de conférences en France et en Islande, dans un but d’information et de promotion de ses adhérents.

Suite à la fermeture du Poste d’expansion économique (PEE) à Reykjavík, la CCFI est devenu un relais naturel auprès de l’Ambassade de France en Islande, ce qui justifia il y a quelques années la nomination d’un Directeur à Reykjavík.

Le nouveau titulaire du poste est M. Patrice Olofsson (qui a la double nationalité française et suédoise). Il a suivi une formation universitaire en géographie (DEUG 1) puis étudié pendant 3 ans l'Aménagement du territoire, à l'Institut de Géographie Alpine de Grenoble. Lors de son année de licence, il se rendit en Suède, à la région de Västra Götaland (Göteborg) pour un stage de 8 mois sur la mise en place des programmes de développement régional européens. Il intégra ensuite un DESS de développement économique international à l'université Paris XII et effectua 8 mois de stage au ministère de l'aménagement du territoire (DATAR) sur la politique de concurrence européenne (aides régionales aux régions défavorisées), puis un stage de 7 mois à la Commission européenne (DG Concurrence) sur ces mêmes thématiques (24 mois de stage en tout !!!).

Compte tenu de ces expériences internationales particulièrement enrichissantes et formatrices tant sur le plan professionnel que personnel (surtout le séjour en Suède), les professionnels français et islandais ne peuvent que se réjouir de l’arrivée de M. Olofsson à Reykjavik, à qui l’on souhaite bonne chance.

 

BIBLIOGRAPHIE

L'excellente revue trimestrielle « Nordiques » (sous la direction du Professeur Marc Auchet et de Nathalie Blanc-Noël, maître de conférences à l'Université de Bordeaux) consacre son numéro 7 aux « questions stratégiques » dans la région nordique. On signalera également, dans la rubrique « Varia » une étude passionnante de Nicolas Bernard sur « le polar nordique, entre réalisme social et conscience politique », où l’exemple de l’auteur (à succès) Arnaldur Indridason est analysé (son roman « La cité des jarres » a été très récemment traduit en français et publié par les Éditions Métallié).

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DIVERS

 

* L'Institut Sigurdur Nordal propose une bourse d'études destinée aux écrivains, traducteurs et chercheurs dans les humanités (pas aux étudiants). Cette bourse est consacrée à l'étude de la culture et de la langue islandaises et a une durée de trois mois. Les candidatures doivent être soumises (en anglais) avant le 31 octobre au

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