Bulletin Mensuel: Avril 2004
L'ACTUALITÉ ISLANDAISE EN AVRIL 2004
Politique Intérieure
* La concentration dans les médias
Comme David Oddsson l'avait annoncé, un projet de loi limitant la concentration dans les médias et les liens entre médias et grosses entreprises a été soumis au Parlement, et voté fin avril, provoquant des réactions vives de la part de l'opposition de gauche et du groupe Nordurljos, qui contrôle entreprises commerciales, journaux et stations de radio et télévision.
Politique extérieure
* Les certitudes et les doutes de David Oddsson concernant l'OTAN et les Etats-Unis
À l'occasion d'un banquet donné en l'honneur des diplomates étrangers par le Président de la République, le Premier Ministre David Oddsson s'est félicité de l' « opération irakienne » qui a permis la chute du tyran Saddam Hussein. Il a aussi fait part de sa satisfaction devant l'aplanissement récent des divergences qui avaient traversé l'Alliance Atlantique au moment du déclenchement du conflit. C'est l'intérêt de l'Europe, notamment.
Il a réitéré ses incertitudes concernant l'issue finale du « différend » séparant Reykjavik et Washington à propos de la présence des avions de chasse américains à la Base de Keflavik ; mais continue à espérer en une solution mutuellement respectueuse des intérêts des deux parties et conforme à l'amitié qui les unit.
Vers la mi-avril, le Président George Bush a téléphoné personnellement au Premier ministre pour lui redire l'importance qu'il accordait au maintien des bonnes relations entre les deux pays, et ajouta que le problème de Keflavik serait abordé, du côté américain, avec ce maintien présent à l'esprit, mais que Washington avait d'abord à clarifier la question du redéploiement des forces armées des États-Unis à travers le monde. Sans en tirer de conclusions hâtives, David s'est félicité de cette initiative présidentielle.
* L'Islande, l'OTAN et l'Irak ; l'Islande et l'Afghanistan
Le Ministre des Affaires étrangères, Halldor Asgrimsson, prenant appui sur le fait que la dernière réunion des Ministres de l'OTAN début avril avait classé la lutte contre le terrorisme comme un des objectifs prioritaires de l'organisation, estime que l'Alliance devra prochainement prendre une part active à la reconstruction de l'Irak. Par ailleurs, il a annoncé que son pays prendrait en charge la gestion de l'aéroport international de Kaboul, pour le compte de l'ISAF (International Security Assistance Force) dès le 1er juin 2004.
* Déclaration de Halldor Asgrimsson devant l'Althing
Avril a vu le Ministre des Affaires étrangères, dans une communication à l'Althing, souligner les points suivants :
*l'importance de l'OTAN pour l'Islande. Celle-ci, même si en valeur absolue sa contribution à l'Alliance, bien qu'en augmentation, demeure modeste, dépend de l'OTAN pour sa sécurité et sa défense. En ce sens, les discussions avec Washington, qui n'ont pas encore repris, seront essentielles. La position du gouvernement islandais reste déterminée et ferme sur ce point. Rien ne serait pire que des compromis aboutissant à une « fausse sécurité ». La position de Reykjavik ne peut qu'être renforcée par les menaces en provenance des activités terroristes internationales et qui visent les États occidentaux démocratiques.
* le renforcement de la participation islandaise à la lutte contre le terrorisme, aussi bien dans le cadre des accords et des organisations internationales, que sur le plan intérieur : en particulier la sécurité à l'aéroport de Keflavik est renforcée grâce à des équipes spéciales de la police nationale.
* l'accroissement de l'aide aux pays en voie de développement. Elle est passée de 0,11 % du PIB en 1995 (489 millions de couronnes) à 0,19 % en 2004 (1 645 millions). Elle devrait enregistrer des progrès spectaculaires d'ici 2008-2009, atteignant alors le pourcentage de 0,35 %. Significative de ces intentions est la demande du pays à adhérer au Comité d'Aide au Développement de l'OCDE, qui coordonne les politiques d'assistance des pays membres de l'Organisation à l'égard des nations en développement : cette adhésion sera effective courant 2004.
* L'élargissement de l'Espace Économique Européen. Halldor se félicite de cet élargissement, concomitant avec celui de l'Union européenne. Il regrette qu'on n'ait pu conclure avec Bruxelles un accord sur une révision et une modernisation de l'Espace, vieux de 10 ans ; mais pense que les responsables islandais doivent continuer à réfléchir sans préjugés sur les meilleurs moyens d'arriver à un resserrement des liens avec l'UE.
Économie
- L'évolution récente de la conjoncture économique
L'Institut National des Statistiques a publié fin mars de nouvelles données concernant la conjoncture en 2003.
2003 a été une année " très convenable", marquée par une croissance plus soutenue qu'on ne s'y attendait : le PIB a augmenté de 4 %. Cela est dû au fait que les Islandais ont davantage (+6,4 %) consommé et investi (+19 %) qu'en 2002. Dans ce dessein, ils ont importé en plus grandes quantités, alors que leurs exportations (pêcheries notamment) étaient pénalisées par la hausse de la monnaie nationale : il en est résulté un déficit de la balance commerciale (égal à 15,9 milliards de couronnes) et de la balance courante (déficit : 45 milliards, soit 5,6 % du PIB). La hausse des prix s'établit à 2 % seulement, notamment en raison des progrès de la productivité.
- Les emprunts des firmes islandaises à l'étranger
Les firmes islandaises ont emprunté massivement à l'étranger (où les taux d'intérêt sont avantageux) au cours des deux dernières années ; notamment pour l'acquisition d'autres entreprises. Ce phénomène est dangereux pour la balance des paiements de l'île et a été critiqué par les plus hautes autorités du pays : Premier ministre ; Président du Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale ; etc.
- L'optimisme des entrepreneurs
On sait qu'à l'automne 2002, le Ministère des Finances, la Banque Centrale et les 400 plus importantes entreprises du pays s'étaient mis d'accord avec la firme Gallup (sondages d'opinion) pour établir un "baromètre des entreprises", qui analyse périodiquement l'opinion du monde des affaires sur la conjoncture islandaise et son évolution à court terme.
Les conclusions de ce baromètre, consulté en mars, donnent 62 % de réponses (80 % des "sondés" ont répondu à l'enquête) estimant la situation actuelle satisfaisante, contre 5,5 % la trouvant mauvaise. Ce résultat est quasi-identique à celui du sondage de septembre 2003, mais beaucoup plus optimiste qu'en février 2003.
S'agissant de l'avenir, 28 % des réponses attendent une amélioration dans six mois ; 7 % une détérioration. Quant à la situation dans douze mois, 45 % la prévoient meilleure ; 12 % plus mauvaise.
On notera également que 28 % des entrepreneurs s'attendent à un accroissement des effectifs de leur entreprise (industries ; transports, tourisme, etc.), tandis que 12 % laissent envisager des licenciements (pêcheries).
- Les accords salariaux
Les premiers accords salariaux conclus en mars entre la Confédération des employeurs et des syndicats ouvriers semblent satisfaisants, au regard de l'évolution de l'économie nationale, dans la mesure où les hausses de salaires prévues pour 2004 et 2005 (5,5 % par an), même supérieures aux prévisions, restent raisonnables ; et qu'elles doivent êtres moindres en 2006 et 2007. Ce mouvement, s'il se confirme dans les accords restant à négocier, ne devrait pas déboucher sur des tensions inflationnistes, particulièrement à un moment où la mise en ?uvre des « grands projets » d'usines d'aluminium peut faire craindre une surchauffe de l'économie.
- L'extension de l'usine d'aluminium de Grundartangi
L'extension de la capacité de production de l'usine d'aluminium de Grundartangi, au Nord de Reykjavik (maintenant propriété du groupe américain Century Aluminium), que les responsables de l'usine souhaitent porter de 90 000 à 180 000 tonnes par an, se heurtait à des difficultés concernant son approvisionnement énergétique. Le problème va être résolu, grâce à un accord entre Century, et la « Sudurnes District Heating Utility » ainsi que « Reykjavik Energy », deux sociétés chargées de la production d'énergie géothermique. La seconde agrandira sa centrale géothermique de Nesjavellir et en construira une de 80 MW à Hellisheidi près de Reykjavik ; SDHU réalisera une centrale géothermique dans la péninsule de Reykjanes (80 à 100 MW). L'investissement nécessaire à l'édification de ces centrales et au transport de l'énergie dépassera 20 milliards de couronnes, tandis que l'agrandissement de l'usine d'aluminium nécessitera 23 milliards. Les différentes parties au contrat se déclarent satisfaites : par ailleurs les exportations d'aluminium du pays croîtront substantiellement.
- Amélioration prévisible du déficit des finances publiques
Selon le Ministère des Finances, le déficit des finances publiques (au sens des « critères de Maastricht »), qui s'est élevé en 2003 à environ 1 % du PIB, devrait faire place en 2004 et 2005 à un léger excédent, respectivement de 0,2 % et 0,8 %.
Société
- Les Islandais, champions pour la durée du travail
La Lettre hebdomadaire du Ministère des Finances en date du 21 avril nous apprend que, parmi les Européens, ce sont les Islandais qui ont en moyenne la semaine de travail la plus longue : 48,5 heures, contre 39 heures pour les Français et les Norvégiens, en queue du classement. Les insulaires travaillent de 7 à 9 heures de plus que les autres Nordiques, et 4,5 heures de plus que Britanniques et Grecs, seconds au classement.
Cette ardeur au travail vaut aussi bien pour les hommes (semaine hebdomadaire : 51,5 heures) que pour les femmes (43,5 heures).
Certains milieux patronaux contestent toutefois, sur divers points, la pertinence de la comparaison, les différents pays européens concernés ne calculant pas, selon eux, la durée de la semaine de travail selon les mêmes règles.
Environnement
- Les stocks de cabillaud croissent
D'après le Directeur de l'Institut de Recherches marines, Johann Sigurjonsson, les stocks de cabillaud dans la zone de pêche islandaise s'accroissent (environ 25 % d'une année sur l'autre ?). Les quotas de pêche pour la campagne 2004-2005 devraient donc être revus à la hausse, même si, d'après la loi, celle-ci ne peut dépasser 30 000 tonnes.
- Les Britanniques annoncent une bonne nouvelle
Lors de la réunion des Ministres de l'Environnement de l'OCDE en avril, les Britanniques ont fait savoir qu'ils entendaient réduire fortement (90 % ?) les rejets dans l'océan de substances radioactives en provenance de l'usine nucléaire de retraitement de Sellafield. Cette décision donne satisfaction à de multiples démarches de la part de l'Islande, pour qui la pureté des mers entourant l'île et abritant d'immenses ressources halieutiques, est un impératif absolu.
- La baleine, objet de controverses.
La campagne de « Recherche scientifique sur la baleine », lancé en août 2003 (voir notre numéro d'août 2003) et qui implique, à des fins d'observation scientifique, la capture d'un nombre limité de baleines, doit se poursuivre en 2004.
D'ores et déjà, et dans l'attente des décisions gouvernementales, le « camp » des environnementalistes se mobilise : Arni Finnsson, Président de l'Association islandaise pour la conservation de la nature, prend position contre le projet.
Par ailleurs, Jon Karl Olafsson, à la tête de l'Association des industries touristiques, a déclaré fin mars que la capture de baleines pouvait, à moyen terme, avoir des conséquences négatives pour les industries touristiques, en pleine croissance et qui s'attachaient d'ici 2012 à doubler les revenus qu'elles apportaient à l'économie de l'île (en même temps qu'à accroître sensiblement le nombre d'emplois dans cette branche).
BIBLIOGRAPHIE
Dans la collection « Classiques du Nord » (dirigée par le Professeur Boyer), les Éditions « Les Belles Lettres » ont récemment publié :
Histoire de mes souffrances de Jón Magnússon
La littérature islandaise, après la grande période des sagas et de la poésie médiévale, reste méconnue en France. Mais contrairement à ce que l'on pense parfois, il n'y a jamais eu aucune solution de continuité depuis le début jusqu'à nos jours, et le XVIIe siècle se signale par un renouveau inspiré de l'esprit baroque. Parmi les ?uvres marquantes de cette époque, l'Histoire de mes souffrances de Jón Magnússon occupe une place de choix. Écrit par un pasteur luthérien qui se croyait persécuté par des sorciers et prit la plume pour se justifier, ce récit, qui se déroule dans une des régions les plus inhospitalières du pays, est un témoignage hallucinant, et unique dans son genre, des affres d'une âme tourmentée, au bord du naufrage, qui trouve néanmoins son sauvetage dans une foi inébranlable.
Traduction, présentation et notes par Einar Már Jónsson, enseignant de langues et civilisation scandinaves à l'Université de Paris IV.




